La Turquie essaie de réduire sa dépendance au financement de court terme

La banque centrale a relevé de 500 pb à 18% le ratio des réserves obligatoires sur les dettes des banques en devises étrangères inférieures à un an.
Patrick Aussannaire

La banque centrale de Turquie (CBT) prend le taureau par les cornes. L’autorité a décidé de pénaliser les engagements des banques (hors dépôts et les actions détenues par leurs clients) d’une durée inférieure à un an libellés en devises étrangères, en relevant de 500 pb le ratio des réserves obligatoires (RRO) qui leur est imposé pour les porter à un niveau de 18%. Une décision qui prendra effet à partir du début du mois de février, et qui vise à réduire la dépendance des établissements financiers aux financements de court terme en encourageant le secteur à allonger la maturité de son passif libellé en devises étrangères. La CBT répond ainsi aux critiques formulées par Fitch pointant du doigt cette dérive comme «le plus gros risque» pesant sur les perspectives du pays.

«Cette mesure de la CBT montre son inquiétude croissante face à la hausse des dettes à court terme en devises du secteur bancaire, dans un contexte de forte volatilité des marchés internationaux», explique Barclays. La dette à court terme du secteur bancaire turc se montait à 94 milliards de dollars à fin septembre, alors que la part de sa dette externe dans le total est passée de 10% en 2009 à plus de 20% fin 2014. Parallèlement, la livre turque s’est dépréciée de 5% contre dollar sur un mois, et signe ainsi la plus mauvaise performance de l’univers des devises émergentes. La CBT continue de maintenir ses taux interbancaires dans le haut de sa fourchette de fluctuation de 11,25%. Un niveau nettement supérieur à son taux de référence, laissé inchangé à 8,25% le mois dernier.

La hausse ciblée du RRO aura notamment pour effet d’accroitre son niveau moyen de 11,7% actuellement à 12,8%, mais également de retirer 3,2 milliards de dollars de liquidités du système. «Cela pourrait se répercuter sur le prix de certains produits de prêts, mais l’effet sur les financements de projets à long terme devrait être limité dans la mesure où les banques refinancent leurs prêts principalement par l’émission d’obligations en euro ou par des opérations de ‘repo’ à long terme, qui bénéficient désormais d’un RRO plus favorable», estime Barclays.

La CBT a également procédé à un ajustement technique des coefficients de réserve, destiné à libérer 2,4 milliards de dollars de liquidités dans le système, ce qui limiterait ainsi les retraits nets à environ 800 millions.

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