La Turquie brûle ses réserves pour enrayer la chute de la lire
La banque centrale a cédé 750 millions de dollars ces deux derniers jours et injectera 1,35 milliard de liquidités dans le secteur financier
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Patrick Aussannaire
La Turquie ne se résigne pas à l’affaiblissement de sa monnaie. La banque centrale du pays (CBT) a cédé un record de 750 millions de dollars lors des adjudications quotidiennes de mercredi et jeudi, et compte poursuivre à ce rythme tant que cela sera nécessaire. Les adjudications quotidiennes, introduites en août pour des montants compris entre 50 et 100 millions de dollars, ont vu leur ampleur croître proportionnellement à l’abaissement de la lire.
Ce sont également 1,35 milliard de liquidités qui seront injectées à partir du 14 octobre dans le secteur financier grâce à la baisse des ratios de réserves de dépôts en devises étrangères des banques commerciales - de 50 et 250 bp sur des maturités inférieures ou supérieures à 3 ans. Un montant qui représente environ 1,5% des réserves de changes de la CBT au 4 octobre selon ING, soit une intervention d’ampleur historique. Enfin, le montant de réserves en devises que les banques sont autorisées à conserver a été doublé à 20% de leurs engagements en lire turque de manière à relever les réserves de la banque centrale de 3,6 milliards.
Mercredi, la lire est tombée à 1,9010 contre dollar, soit une baisse de 19% depuis avril. «La lire est devenue une des devises émergentes les plus durement touchées ces derniers mois, et l’accélération de sa chute en septembre a contraint la banque centrale à intervenir» explique Thulan Nguyen, analyste chez Commerzbank. L’économie jouit d’une croissance de 10,2% au premier semestre et sa note vient d’être relevée par S&P grâce à un endettement de 40% du PIB et un déficit de 2,8% attendu en 2011. Mais la banque centrale craint la remontée de tensions inflationnistes.
Le FMI a néanmoins rappelé que les réserves de la CBT, de 85 milliards au 23 septembre, ne sont pas illimitées. «Mis à part le Brésil et la Russie, la Turquie est le pays le plus vulnérable avec des réserves qui sont inférieures au déficit commercial actuel» estime Michael Shaoul, président de Marketfield Asset Management. «Les réserves sont insuffisantes pour couvrir des sorties de capitaux soutenues» ajoute-t-il.
La Turquie a en outre vu son déficit courant progresser à 74,6 milliards en juillet, soit 10% du PIB. Si la lire remontait hier à 1,839, Oyak Securities, bras financier du fonds de pension turque, estime que «la lire ne devrait pas s’apprécier à moyen terme à cause de son déficit extérieur record».
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