La Suisse et le Japon sont les victimes collatérales de la crise de la dette
Tant que les incertitudes sur la dette européenne et américaine ne seront pas levées, les économistes douteront de l’efficacité des interventions sur le change
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Patrick Aussannaire
La crise de la dette en Europe et aux Etats-Unis ravive la tension sur le marché des changes. Après la Banque nationale suisse, la banque du Japon est intervenue hier pour enrayer l’envolée de sa devise, poussant ainsi le dollar à 78,37 yens après un plus bas de 76,29 mardi, et l’euro à 112,15 yens contre 110,45 yens avant l’intervention. Il s’agit de la première intervention unilatérale du Japon sur le marché des changes depuis le 15 septembre 2010. Elle aurait été, selon les traders, d’une ampleur de 400 à 500 milliards de yens.
«Nous observons désormais les mouvements du marché attentivement», a indiqué le ministre des Finances, Yoshihiko Noda, ouvrant la porte à des nouvelles interventions avec un cours minimum cible contre dollar de 80 yens.
Parallèlement, la BoJ a également confirmé le renforcement de ses dispositifs d’assouplissement monétaire. Son programme d’achat d’actifs sera porté de 40.000 à 50.000 milliards de yens. La BoJ entend augmenter ses rachats d’obligations d’Etat de 2.000 milliards, de titres à court terme de 1.500 milliards et d’obligations d’entreprise de 900 milliards. Les opérations de refinancement à 6 mois doivent être augmentées de 50% à 15.000 milliards de yens. «Mais ce tour de passe-passe est-il suffisant?» s’interroge la société de gestion GaveKal.
L’envolée récente du franc suisse et du yen semble plus due à la dépréciation du dollar et de l’euro qu’à un mouvement d’appréciation réelle de ces deux devises. Ce qui fait douter de l’efficacité à long terme des interventions sur le marché des changes. Car derrière cette appréciation se cache «une crise de liquidité mondiale, comme le montre la contraction des réserves des banques centrales et une chute de la circulation de monnaie», explique GaveKal.
Aurel BGC estime que «étant seules dans leur intervention sur les changes, les interventions des deux banques centrales peuvent difficilement inverser un mouvement de marché lié à une brutale hausse de l’aversion pour le risque des investisseurs». Et d’anticiper que «très rapidement, les deux devises devraient, de nouveau s’apprécier.»
D’ailleurs, même les investisseurs nippons ne croient plus au yen. JPMorgan estimait les positions courtes des arbitragistes japonais à 10.700 milliards de yens le mois dernier. Une bombe à retardement pour la devise en cas de débouclage de positions.
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