La Russie mise sur un affaiblissement du rouble pour soutenir l'économie
La Russie surfe sur la vague de la dépréciation de devises émergentes. Le ministre des Finances, Anton Siluanov, a indiqué mardi que la banque centrale russe (Bank Rossii) commencerait dès cet été des rachats de devises étrangères et s’accommoderait d’un rouble plus faible. «Les autorités pourraient favoriser un rouble légèrement plus faible, la banque centrale pourrait se montrer restrictive, et l’impact externe négatif pour les devises émergentes à hauts rendements renforce les mouvements de vente», estime Credit Suisse.
Si Anton Siluanov se défend de toute intervention visant à affaiblir la monnaie russe, il explique cependant qu’«un léger affaiblissement du rouble peut jouer un rôle positif sur les recettes budgétaires et sur l’économie en général». Or, le FMI a fortement révisé à la baisse mardi ses prévisions de croissance pour l’économie russe, à seulement 2,5% en 2013 et 3,25% en 2014, contre des estimations précédentes de respectivement 3,4% et 3,8%. Lorsque Vladimir Poutine est redevenu président en 2012, il visait une croissance annuelle du PIB de 6%.
Parallèlement, les fuites de capitaux s’intensifient. Elles ont atteint 8 milliards de dollars sur le seul mois de mai, le double de celles constatées en avril. Le ministère des finances a d’ailleurs indiqué qu’elles dépasseraient certainement la prévision initiale de 35 milliards pour 2013, alors que le groupe de réflexion Higher School of Economics les voit à 54 milliards. Le rendement des obligations de maturité 2027 ont chuté de 19 pb depuis le 10 juin à 7,56%.
Dans ce contexte, le rouble s’est fortement affaibli contre les grandes devises internationales depuis quelques mois, à l’instar de l’ensemble des devises émergentes. La baisse atteint ainsi 7,7% contre dollar depuis le début de l’année, 8,5% contre euro depuis fin mars, 11,4% contre yen depuis le 22 mai, et même 9,5% contre le yuan depuis début février. «La pression à l’affaiblissement du rouble augmente», estime Credit Suisse.
Si Vladimir Poutine ne cache pas sa volonté d’une réduction des taux directeurs, le niveau de l’inflation à 7,4% en mai soutenu par la chute du rouble limite les marges de manœuvre de la banque centrale. En attendant un repli de l’inflation sous son objectif maximal de 6%, l’autorité pourrait offrir des prêts variables à des taux plus faibles plutôt que de réduire ses taux directeurs, selon Rosbank.
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