La régulation bancaire bouleverse le fonctionnement du marché monétaire
La régulation bancaire change la donne sur le marché monétaire. C’est le constat qu’ont fait les spécialistes de ce marché crucial pour le financement des banques et des entreprises ainsi que pour la transmission de la politique monétaire, lors des rencontres des professionnels des marchés de la dette et du change, la semaine dernière.
«Aujourd’hui une courbe monétaire ne reflète plus l’anticipation sur les taux ou sur la politique monétaire de la banque centrale mais est uniquement un pur produit de la réglementation actuelle», a expliqué Ileana Pietraru, directrice de la trésorerie de la Société Générale à Paris. Même s’il n’entrera en vigueur qu’entre 2015 et 2019, c’est le ratio de liquidité à court terme (LCR) instauré par Bâle 3 qui bouleverse déjà le marché.
Le LCR doit garantir que les banques ont toujours suffisamment d’actifs très liquides (essentiellement des titres souverains ou d’entreprises très bien notées) pour couvrir leurs besoins de financement sur 30 jours en cas de graves difficultés. Résultat: les prix sur les marchés sont de plus en plus différenciés selon que les contreparties soient éligibles au LCR ou non. Les financements à plus long terme (jusqu’à un an et demi) sont aussi devenus beaucoup plus chers que ceux à très court terme. «On ne peut plus parler du marché monétaire mais des marchés monétaires», résume Ileana Pietraru. Et la trésorière d’ajouter: «Le coût de ce ratio devient assez important et risque de se refléter dans le prix qui est ensuite facturé aux clients».
Les gérants monétaires ressentent assez douloureusement les effets de ces changements réglementaires alors qu’ils sont déjà confrontés à des taux très bas. Leurs liquidités sont pénalisées dans le LCR car elles sont considérées comme moins stables. «Les banques nous délaissent un peu. Elles n’ont pas intérêt à émettre des certificats de dépôt avec une rémunération forte», a expliqué Mikaël Pacot, responsable marché monétaire chez Axa Investment Managers. «Nos clients vont chercher la rémunération directement auprès des banques».
«Le marché reste plus fragmenté et plus volatil que ce que l’on pouvait espérer», a reconnu François Haas, le directeur général adjoint des opérations à la Banque de France, notant par exemple la remontée régulière de l’Eonia en fin de mois. «Le nouveau marché monétaire sera de fait très différent de celui qui prévalait avant la crise».
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