La réforme des fonds monétaires américains touche au but
La SEC a voté hier un cadre qui prévoit l’adoption d’un modèle à valeur liquidative variable
Publié le
Antoine Duroyon
La SEC a adopté le projet tant attendu de réforme des fonds monétaires. Photo Bloomberg
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Au terme de plusieurs années d’un débat animé entre les régulateurs et les représentants de l’industrie, la Securities and Exchange Commission (SEC) a adopté hier par trois voix contre deux le projet tant attendu de réforme des fonds monétaires. Ce nouveau cadre va pousser les fonds monétaires institutionnels à abandonner leur modèle à valeur liquidative constante au profit d’une valeur liquidative variable. Objectif : minimiser à tout prix les risques de «run» en cas de remous sur le marché.
La présidente de la SEC, Mary Jo White, a souligné hier la portée de ce vote. Il donne naissance «à un cadre de régulation très solide qui atténue fortement les risques de «run» sur les fonds monétaires et qui, le cas échéant, limitera tout effet de contagion supplémentaire», a-t-elle souligné. Cette réforme vise donc à chasser les mauvais souvenirs du passé.
Elle s’inspire directement de la chute du Reserve Primary Fund en 2008. L’exposition du fonds à Lehman Brothers, à hauteur de 785 millions de dollars, a semé un vent de panique parmi les investisseurs, faisant tomber sa valeur d’actif net sous le seuil fatidique de 1 dollar par action. Face aux demandes de rachats en masse, le Trésor a été contraint d’apporter sa garantie et la Réserve fédérale s’est muée en pourvoyeuse de liquidités.
En faisant basculer les fonds sur un modèle à valeur liquidative variable, la SEC attend des investisseurs qu’ils cessent de prendre peur à l’idée de voir les fonds «casser le dollar» («breaking the buck» selon l’expression originale). Les nouvelles règles de la SEC prévoient par ailleurs des commissions de liquidité et des barrières au rachat en cas d'épisode de stress. Une commission de 2% pourra ainsi être imposée si le niveau des actifs liquides hebdomadaires d’un fonds représente moins de 30% des actifs totaux. Quant à ces fameuses barrières, elles pourraient rester en place pendant seulement dix jours ouvrés.
Il y a un peu plus d’un an, la SEC avait présenté ces options - valeur liquidative variable, commissions de liquidité et suspension des rachats - de manière non exclusive. Elle évoquait alors un niveau plancher de 15% pour les actifs liquides hebdomadaires et une supension des rachats jusqu'à trente jours. Ces règles affecteront de nombreux gérants, tels que BlackRock, Fidelity, Vanguard, Pimco, Charles Schwab ou encore Federated Investors. Les fonds monétaires «retail» ou gouvernementaux, c’est-à-dire investis dans les titres d’Etat, vont en revanche pouvoir se passer de la valeur liquidative variable, étant donné qu’un «run» sur de tels fonds paraît moins probable que dans le cas des fonds institutionnels type prime.
Dans un communiqué, BlackRock a indiqué «soutenir les efforts de la SEC pour améliorer la résilience des fonds monétaires américains durant les épisodes de stress» et ajouté qu’il comptait discuter avec ses clients «d’une large gamme de solutions de trésorerie disponibles afin de s’adapter efficacement à ces nouvelles règles».
L’avionneur Boeing, qui dispose de 2 à 3 milliards de dollars investis dans des fonds monétaires, principalement de type prime, a d’ores et déjà prévenu qu’il pourrait procéder à une réallocation. Les règles approuvées hier par la SEC doivent entrer en vigueur d’ici à deux ans.
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