La position de la BCE vis-à-vis des méthodes non orthodoxes devra évoluer
Laurent Bilke, senior économiste chez Nomura
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Tân Le Quang
L’Agefi: Une fois que les tauxont atteint leur plancher, quelle marge de manœuvre reste-t-il aux banques centrales?
Laurent Bilke: En principe, elles peuvent créer de la monnaie sans limite pour relancer l’économie. En réalité, ces mesures sont vouées à l’échec sans une approche globale. L’expérience japonaise entre 2001 à 2006 n’a pas été concluante, les autorités y ayant longtemps négligé le problème des actifs toxiques. Tant que ces derniers sont au bilan des banques – c’est le cas en Europe aujourd’hui – la distribution du crédit sera paralysée et la relance monétaire (ou budgétaire) inefficace. La Fed tente une approche qui combine l’expansion monétaire avec l’idée de retirer de la circulation les actifs non liquides. Outre-Manche, l’approche mixte est aussi expérimentée, la Banque d’Angleterre se dirigeant vers une politique d’expansion monétaire et un dispositif gouvernemental d’assurance sur les actifs toxiques.
La BCE sera-t-elle amenée à soutenir le marché au travers de méthodes non conventionnelles?
Sa position est ambiguë. Elle considère que des mesures doivent être prises pour garantir la stabilité financière. Ainsi, en pourvoyant le système bancaire de liquidités abondantes, elle permet d’éviter qu’une banque se trouve en difficulté soudaine. Mais elle ne souhaite pas augmenter durablement l’offre de monnaie pour relancer l’économie. Poussée à la caricature, cette vision des choses pourrait la conduire à retirer de la liquidité si la situation des banques se stabilise, alors que l’économie réelle pourrait justifier l’inverse. Cette approche a vocation à évoluer, mais du temps très précieux a été perdu. Quant à la réflexion sur les actifs toxiques, elle a pris beaucoup de retard, notamment en France.
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