La logique des traités européens est de ne pas monétiser la dette d’Etat
L’Agefi : Comment expliquez-vous les hésitations de la BCE en matière de politique de taux zéro et de méthodes non conventionnelles ?
Philippe Weber : Elle n’hésite pas tant que cela ! Grâce à l’abondance des liquidités, l’Eonia est très en dessous du taux directeur. Cette abondance est elle-même non conventionnelle : la BCE a presque doublé la taille de son bilan. Ce qu’elle hésite à faire, c’est acheter des titres longs d’Etat. Il y a plusieurs raisons à cela. D’abord, les traités européens n’interdisent certes explicitement que l’achat à l’émission, mais leur logique est de ne pas monétiser la dette d’Etat. Ensuite la multiplicité des Etats pose la question de la dette à acheter (grecque, allemande...) et dans quelle proportion. De plus, la BCE garde des réflexes monétaristes ; créer de la monnaie centrale est une chose, créer de la monnaie pour les entités non bancaires en est une autre. Enfin, il y a des réticence sans doute fortes des opinions et des hommes politiques dans certains pays, là où monétisation de la dette et hyperinflation sont – pas forcément à tort – associées.
Dans leur forme actuelle, les politiques d’assouplissement quantitatif de la Fed et de la Banque d’Angleterre seront-elles suffisantes pour restaurer la confiance des marchés ?
On ne peut que l’espérer, mais impossible d’en être sûr. L’expérience manque ! Les minutes de la dernière réunion du FOMC montrent que le choix a été fait d’acheter toutes sortes de titres, faute de savoir quel serait l’effet d’un achat ciblé. Mais en tout cas, ces politiques exceptionnelles enlèvent certains des freins au retour à une normalité sur les marchés financiers, et s’ajoutent aux mesures indispensables de recapitalisation ou d’apurement des bilans.
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