La Grèce gagne le droit de tester le marché
Les ministres des Finances de la zone euro ont profité d’une réunion informelle pour approuver hier le déblocage de l’ultime tranche d’aide accordée à la Grèce d’un montant de 8,3 milliards d’euros, après une mission de la Troïka qui durait depuis septembre. Cette aide, divisée en trois versements de 6,3 milliards en avril et d’un milliard en juin et juillet, à laquelle s’ajouteront les 3,6 milliards promis par le FMI, éloigne l’hypothèse d’un troisième plan d’aide en 2014 alors qu’Athènes espère un retour prochain sur les marchés de la dette.
Le programme de réformes structurelles adopté par le parlement grec dimanche soir a finalement permis de débloquer la situation avec les partenaires européens. Athènes recevra ainsi 8,3 milliards d’euros dans le courant du mois, alors que le déblocage des 3,6 milliards d’euros promis par le FMI devrait intervenir après la réunion de son comité de direction, fin avril ou début mai.
De quoi permettre d’assurer une tombée de 9,2 milliards d’euros, due principalement à la BCE, qui intervient le mois prochain. Un couperet levé qui permet à Athènes de préparer son grand retour sur les marchés, annoncé il y a un mois.
Après le retour réussi de Piraeus Bank sur le marché primaire et l’augmentation de capital de 1,75 milliard d’euros réalisée la semaine dernière, le gouvernement envisage à son tour de profiter de l’embellie constatée sur le marché de la dette des anciens bannis de la zone euro pour réaliser une émission syndiquée d’obligations à 3 ou 5 ans d’ici fin juin, selon le Wall Street Journal. L’ambition serait ainsi de lever entre 4 et 5 milliards d’euros cette année.
Avec les réserves accumulées dans ses coffres, qui atteignent 1,3 milliard d’euros, et forte d’un premier excédent symbolique de ses comptes courants depuis 1948 de 1,5 milliard dégagé l’an dernier, Athènes espère assurer ses besoins de financement pour les douze prochains mois, et se passer ainsi d’un troisième plan d’aide.
Des ambitions qui suscitent le scepticisme de ses partenaires. «J’ai pris note de l’optimisme, de l’ambition du gouvernement grec de ne pas avoir recours à un autre plan, et bien sûr nous aimerions partager cette ambition. Pourtant, je pense qu’il est encore trop tôt pour l’affirmer», a ainsi prévenu hier le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. «La Grèce tente d’éviter un troisième programme d’aide international et un nouveau mémorandum, alors que la Troïka devrait adopter une position de plus en plus stricte dans la mesure où elle préférerait nettement que la Grèce accepte un troisième plan afin de maintenir la pression sur les réformes structurelles», explique RBS.
Le rendement des obligations grecques à 10 ans chutait de 10 pb hier à 6,34%, au plus bas depuis mars 2010 et inférieur au niveau des taux portugais de septembre 2013. A cette époque, Lisbonne avait levé 6,25 milliards d’euros par le biais de deux émissions syndiquées, à un rendement d’environ 5,5%.
Une embellie qui contraste avec la montée du risque politique. La Troïka a repoussé de mi-mai à fin juin, après les élections européennes, la décision d’octroyer une ultime tranche de prêt au Portugal avant sa sortie officielle du programme d’aide. Les pays de la zone craignent une forte poussée des partis anti-européens. En Grèce, Syriza (extrême-gauche) est ainsi en tête dans les sondages, ce qui «pose un risque pour le pays», selon RBS.
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