La fuite des capitaux hors d’Espagne plonge la zone euro en état de crise

Les épargnants ont transféré 66,2 milliards d’euros nets vers l'étranger le mois dernier et 97 milliards sur le premier trimestre, soit 10% du PIB
Patrick Aussannaire

L’avenir de l’euro se jouera dans les prochaines semaines en Espagne et en Italie». Tel est l’enjeu défini hier par le ministre de l’économie et des finances espagnol. Et Luis de Guindos d’ajouter, au terme d’une journée marquée par l’annonce d’une fuite record des dépôts, que «je ne sais si nous sommes au bord du précipice, mais nous sommes dans une situation très, très, très difficile».

Les épargnants ont transféré 66,2 milliards d’euros nets des banques espagnoles vers l'étranger le mois dernier et 97 milliards sur le premier trimestre (10% du PIB), selon la Banque d’Espagne. Un record depuis que cette statistique a été créée en 1990. Il y a un an, l’Espagne avait bénéficié de rentrées nettes de 5,4 milliards. Le Wall Street Journal indique que l’Etat n’aurait pas à trouver les fonds nécessaires pour la recapitalisation de Bankia avant octobre. C’est dans ce contexte que Fitch a dégradé la note de huit régions. Hier soir, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, s’est empressée de démentir les rumeurs d’un éventuel prêt de secours à l’Espagne.

Le rendement des obligations d’Etat espagnoles à 10 ans a atteint 6,656% hier, tout proche du record historique de 6,78% atteint le 17 novembre dernier. Le spread avec le Bund allemand se monte désormais à 536 pb, et celui avec le panier de dettes souveraines AAA traite au-dessus du seuil de 450 pb qui impose des appels de marge supplémentaires de la part des contreparties.

«Si en Espagne les choses sont faites correctement, que la prime de risque baisse, et que nous commençons à voir les flux de capitaux évoluer normalement, cela constituera un tournant dans la poursuite du projet européen» estime Luis de Guindos qui précise que «dans le cas contraire, nous aurons des problèmes concernant le projet européen lui-même, tel que nous le connaissons actuellement».

Mario Draghi a eu beau rejeter la remise en service du programme SMP de rachat d’obligations souveraines et indiquer hier que la BCE comptait éviter «les bank run au moyen de banques solvables», les marchés attendent une réaction de la BCE à la mesure de la crise. Le gouverneur de la Banque d’Italie, Ignazio Visco, s’est montré ouvert au lancement d’un troisième LTRO dans un entretien accordé au Financial Times. S’il estime que «pour le moment il n’y a pas de problème de liquidité, donc pas besoin d’un autre programme de refinancement à long terme (LTRO)», la BCE se tient toujours prête à intervenir. «Il y aura toujours des choses que la BCE pourra faire».

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