La fuite des capitaux hors d’Espagne plonge la zone euro en état de crise
L’avenir de l’euro se jouera dans les prochaines semaines en Espagne et en Italie». Tel est l’enjeu défini hier par le ministre de l’économie et des finances espagnol. Et Luis de Guindos d’ajouter, au terme d’une journée marquée par l’annonce d’une fuite record des dépôts, que «je ne sais si nous sommes au bord du précipice, mais nous sommes dans une situation très, très, très difficile».
Les épargnants ont transféré 66,2 milliards d’euros nets des banques espagnoles vers l'étranger le mois dernier et 97 milliards sur le premier trimestre (10% du PIB), selon la Banque d’Espagne. Un record depuis que cette statistique a été créée en 1990. Il y a un an, l’Espagne avait bénéficié de rentrées nettes de 5,4 milliards. Le Wall Street Journal indique que l’Etat n’aurait pas à trouver les fonds nécessaires pour la recapitalisation de Bankia avant octobre. C’est dans ce contexte que Fitch a dégradé la note de huit régions. Hier soir, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, s’est empressée de démentir les rumeurs d’un éventuel prêt de secours à l’Espagne.
Le rendement des obligations d’Etat espagnoles à 10 ans a atteint 6,656% hier, tout proche du record historique de 6,78% atteint le 17 novembre dernier. Le spread avec le Bund allemand se monte désormais à 536 pb, et celui avec le panier de dettes souveraines AAA traite au-dessus du seuil de 450 pb qui impose des appels de marge supplémentaires de la part des contreparties.
«Si en Espagne les choses sont faites correctement, que la prime de risque baisse, et que nous commençons à voir les flux de capitaux évoluer normalement, cela constituera un tournant dans la poursuite du projet européen» estime Luis de Guindos qui précise que «dans le cas contraire, nous aurons des problèmes concernant le projet européen lui-même, tel que nous le connaissons actuellement».
Mario Draghi a eu beau rejeter la remise en service du programme SMP de rachat d’obligations souveraines et indiquer hier que la BCE comptait éviter «les bank run au moyen de banques solvables», les marchés attendent une réaction de la BCE à la mesure de la crise. Le gouverneur de la Banque d’Italie, Ignazio Visco, s’est montré ouvert au lancement d’un troisième LTRO dans un entretien accordé au Financial Times. S’il estime que «pour le moment il n’y a pas de problème de liquidité, donc pas besoin d’un autre programme de refinancement à long terme (LTRO)», la BCE se tient toujours prête à intervenir. «Il y aura toujours des choses que la BCE pourra faire».
Plus d'articles du même thème
-
« Les facteurs techniques et l’appétit des investisseurs plaident pour une position modérément surpondérée »
Bart aan de Toorn, gérant et membre du comité d'investissement de l'équipe crédit chez VLK IM -
«Nous anticipons une appréciation du yen d'ici à la fin de l'année»
Evelyn Herrmann, économiste Europe chez Bank of America -
«La hausse des taux de la BCE devrait être la seule pour 2026 et 2027»
Sebastian Paris Horvitz, directeur de la recherche chez La Banque Postale AM -
Les méga-IPO sont le dernier signe avant-coureur de bulle spéculative
L’introduction hors norme sur le Nasdaq de SpaceX a attiré une demande plus de 4 fois supérieure à l’offre avec une hausse de près de 20% de l’action à la première cotation. D’autres méga-IPO vont inonder le marché, avec des airs de déjà-vu et un parfum de bulle spéculative. -
« La croissance des bénéfices dans l’UE devrait être inférieure au consensus »
Michele Morganti, stratégiste actions senior chez Generali Investments -
«Nous adoptons une neutralité de prudence plus que de conviction sur les actions»
Philippe Perrody, directeur de la gestion diversifiée et allocation d’actifs, actifs cotés chez Sienna.
ETF à la Une
WisdomTree dévoile un ETF sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle
- BlackRock lance à son tour un ETF arrimé à l’économie spatiale
- Jean-Baptiste Delabare (Montpensier Arbevel) : «La fusion nous a apporté une diversification que nous n'avions pas»
- Marc Riez (Vega IS) : «Nous avons engagé des discussions avec Novobanco au Portugal»
- Capital Group s'apprête à lancer ses ETF actifs en Europe
- L'AMF pourrait ouvrir les OPCVM aux cryptos
Contenu de nos partenaires
-
Onde de chocAffaire Lyhanna : le dilemme d'Emmanuel Macron
Face à la crise provoquée par la mort de la jeune Lyanna, le chef de l'Etat doit trouver la bonne distance et les mots justes pour témoigner de l'empathie sans chercher à instrumentaliser -
« Dans les start-up de défense, le réseau compte autant que la technologie »
Pour l'investisseuse Louise Boucher, avoir le bon produit ne suffit pas. Les jeunes entreprises d'armements doivent rapidement recruter des profils ayant de bonnes connexions chez les décideurs militaires -
Shahed, fais-moi peurGuerre des drones : l'effervescence française
Avec ses start-up Alta Ares et Harmattan AI, la France compte de nombreux atouts dans le secteur des drones. Mais la compétition européenne et la production ukrainienne à grande échelle menacent leur percée sur un marché en mutation rapide