La France se confronte à la hausse des taux
Pour la dette française, le millésime 2013 restera exceptionnel. Le taux moyen pondéré des émissions réalisées sur les neuf premiers mois de l’année est tombé à 1,49%, un record. Mais le pays doit se préparer à la remontée des taux en même temps qu’il accroît son appel au marché. L’Agence France Trésor prévoit d’émettre 174 milliards d’euros de dette à moyen et long terme en 2014, soit 5 milliards de plus que cette année, pour refinancer 104,8 milliards de tombées et un déficit que le projet de loi de finances présenté hier fixe à 70,2 milliards.
A ce stade, la charge de la dette ne devrait toutefois pas déraper. Elle est attendue cette année à 45 milliards d’euros en exécution contre une prévision de 46,9 milliards dans la loi de Finances initiale (LFI) votée fin 2012. L’écart favorable provient non seulement de la baisse des taux jusqu’en mai, mais aussi de la faiblesse de l’inflation qui réduira de 1,3 milliard le coût estimé des BTAN et OAT indexés.
Pour 2014, le budget table sur une charge de la dette en hausse, à 46,7 milliards, mais qui reste inférieure à celle qui figurait dans la LFI 2013. Même si les taux remontent, la France continuera à bénéficier du faible coût des stocks de dette émis en 2012 (à un taux moyen de 1,89%) et cette année. Un effet durable puisque la maturité moyenne de la dette française atteint désormais 7,1 ans après avoir été rallongée d’un an depuis 2007.
L’Agence France Trésor s’est par ailleurs donné une marge de sécurité dans ses hypothèses de travail. «Nous avons pris un scénario de taux prudent pour 2014, au-dessus du consensus des prévisions et des taux forwards, avec une hypothèse de taux à 10 ans à 3,3% en moyenne et de taux à 3 mois à 0,34%», explique Ambroise Fayolle, directeur général de l’AFT. Hier, les deux références traitaient à 2,36% et 0,05% respectivement. La prévision d’inflation pour l’an prochain est à 1,3%.
Le relèvement des taux à partir de leurs planchers historiques peut aussi soutenir la demande. «Sur 2012 et une partie de 2013, nous avons noté des achats asiatiques très importants, précise Ambroise Fayolle. Dans le mouvement de remontée des taux depuis mai, on voit aussi des rachats importants de grands investisseurs français, assureurs ou banques, qui avaient gardé beaucoup de liquidités».
La hausse du programme d’émission 2014, qui sera détaillé en décembre, intervient après trois années de baisse. En net des tombées, la variation est même plus importante (+6,9 milliards) à 69,2 milliards. Pour financer le dérapage budgétaire en 2013, l’Agence France Trésor a préféré accroître de 8,1 milliards son recours aux bons du Trésor plutôt que de modifier en cours d’année son programme à moyen long terme (169 milliards, dont 153,1 milliards déjà levés).
En 2014, au contraire, le stock de BTF restera stable. Par ailleurs, l’AFT a encaissé cette année pour 4 milliards d’euros de primes d’émission – grâce à la baisse des taux, lorsqu’elle abonde sous le pair des souches anciennes qui portent un coupon plus élevé. Un phénomène sur lequel elle ne compte guère l’an prochain.
L’AFT s’est efforcée en parallèle de réduire les tombées en rachetant par anticipation dès 2012 des titres arrivant à échéance en 2014. Cette année, à fin septembre, elle a déjà racheté pour 19 milliards d’euros de titres arrivant à maturité en 2014, pour leur grande majorité, et en 2015.
{"title":"","image":"80189»,"legend":"L\u2019AFT pr\u00e9voit d\u2019\u00e9mettre 174 milliards d\u2019euros de dette en 2014. Illustration L’Agefi.»,"credit":""}
Plus d'articles du même thème
-
Le Brexit, un poids qui entrave la croissance britannique
Loin des promesses entendues durant la campagne du référendum de 2016, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne a entraîné une longue période de doutes. L’économie britannique a résisté mais sa trajectoire aurait probablement été meilleure sans ce divorce, selon les économistes. -
La technologie invisible : le luxe ultime de la banque privée
Dans un monde où la technologie s’affiche souvent comme une fin en soi, les banques privées rappellent une évidence : son rôle est de disparaître pour mieux servir. Ici, la data et l’IA ne sont pas des outils de disruption, mais des leviers de confiance et de précision au service d’une relation client exigeante. Une vision qui interroge : et si le vrai luxe technologique était de ne plus en parler ? -
Dans le secteur financier, le Brexit a fait moins de perdants que prévu
Le Brexit a cassé le monopole de la City, mais sans vraiment détrôner la capitale londonienne qui conserve une puissance globale au travers de certains marchés clés comme les changes ou les matières premières. Une tendance à la «reconvergence» avec l’UE se dessine.
ETF à la Une
Generali Investments va lancer ses premiers ETF actifs en Europe
- L'AFG propose d'introduire une dose de capitalisation dans les retraites complémentaires du privé
- La Région Auvergne-Rhône-Alpes lance un appel d'offres pour un fonds défense de 100 millions d'euros
- Les zinzins de l'espace sont prêts pour le décollage boursier de SpaceX
- La frontière entre actifs cotés et non cotés s'estompe dans les allocations institutionnelles
- Le fonds Défense de Bpifrance collecte 100 millions d'euros auprès des particuliers
Contenu de nos partenaires
-
Tribune librePrésidentielle 2027 : faut-il instaurer un spoils system à la française ?
A l’aube de 2027, il faudrait envisager un « spoils system » limité au « top 1 ou 2 % » des plus hauts serviteurs de l’Etat, tout en garantissant davantage de transparence dans les nominations à la tête des principales institutions -
Election de Makerfield : le travailliste Andy Burnham remporte son pari haut la main
Lors de l’élection partielle de jeudi, le maire de Manchester semble avoir été soutenu par une partie de l’électorat libéral-démocrate, vert, mais aussi conservateur. Son objectif est à présent de s’emparer de la direction du Labour -
Accord Iran-Etats-Unis : les négociations prévues pour vendredi en Suisse sont « reportées »
Dans la nuit, la Maison Blanche avait fait savoir que J. D. Vance, le vice-président américain, ne se rendrait pas en Suisse ce jour. En parallèle, malgré l’accord qui inclut un cessez-le-feu au Liban, Tsahal a mené des frappes au pays du cèdre dans la nuit, « après des violations répétées » du Hezbollah