La Fed pousse ses interventions en territoire inconnu
Le sauvetage de Bear Stearns via une structure dédiée place la Réserve fédérale dans une position inédite. Une réforme de la régulation bancaire s’impose
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Alexandre Garabedian
Un commentaire suffit pour montrer à quel point la Fed vient de repousser loin les limites de son interventionnisme. Il est l’œuvre de Jochen Felsenheimer, analyste crédit chez UniCredit, après la modification lundi du plan de sauvetage de Bear Stearns par JPMorgan et la Réserve fédérale de New York. « Ce n’est rien d’autre qu’un SIV ! », l’un de ces véhicules d’investissements structurés qui ont causé tant de sueurs froides aux banquiers ces derniers mois.
De fait, la ligne 30 milliards de dollars accordée par la Fed de New York le 16 mars pour financer les actifs les moins liquides de Bear Stearns a cédé la place à une structure aux aspects familiers. C’est une coquille créée de toutes pièces qui sera désormais chargée de refinancer le portefeuille de titres immobiliers de la cinquième banque d’affaires américaine, ces actifs étant gérés par BlackRock. JPMorgan lui prêtera un milliard de dollars au taux d’escompte +475 points de base et absorbera à concurrence les premières pertes éventuelles du portefeuille sous-jacent. Quant à la Fed, elle financera les 29 milliards restants au taux d’escompte (2,5 %).
Associée aux profits éventuels du portefeuille, la banque centrale new-yorkaise s’expose donc aussi, comme n’importe quel investisseur, à des pertes potentielles. « Elle sauve une banque d’investissement en assumant un risque de défaut », résume Jochen Felsenheimer. D’autant que le coussin de sécurité offert par JPMorgan reste assez mince, à peine plus de 3 % des actifs concernés.
En ouvrant mi-mars sa fenêtre d’escompte aux banques d’investissement qui s’en voyaient jusque-là privées, la Fed a déjà largement étendu son champ d’action. Un saut qualitatif qui s’ajoute aux divers mécanismes créés ces derniers mois pour injecter de la liquidité sur les marchés.
Ces multiples initiatives, jugées salutaires au vu de la gravité de la crise, n’en soulèvent pas moins des questions sur l’étendue des pouvoirs de la banque centrale et sur une nécessaire réforme de la régulation des banques américaines. Un pouvoir partagé entre plusieurs institutions. La régulation des banques d’investissement est par exemple encore dévolue à la Securities and Exchange Commission (SEC) alors même que la Fed a pris ces derniers jours la direction des opérations. La réforme d’un système dépassé dans les faits paraît inéluctable.
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