La Fed ouvre doucement la porte à une hausse des taux
Même si elle a supprimé le mot «patient» du communiqué, la Fed n’entend pas céder à l’impatience. C’est la présidente de la banque centrale américaine, Janet Yellen, qui a souligné le distinguo lors d’une conférence de presse tenue à l’issue d’une réunion du Comité de politique monétaire (FOMC). Il n’est donc pas exclu que cette hausse des taux intervienne après la réunion d’avril (28-29), soit en juin (16-17) au plus tôt, mais le moment choisi «dépendra de l'évaluation par le Comité des informations qui lui parviendront», a soutenu Janet Yellen.
La Fed a en quelque sorte soufflé le chaud et le froid. Le FOMC a abandonné cette référence à la «patience» mais dans le même temps, la banque centrale a abaissé ses prévisions de croissance et d’inflation, soulignant l’impact du prix du pétrole et du dollar fort. Il a également réduit ses hypothèses d'évolution du taux des «Fed funds» - les fameux «dot plots» - avec une estimation médiane à 0,625% fin 2015 (contre 1,125% projeté en décembre dernier).
Par ailleurs, les responsables de la politique monétaire américaine estiment désormais que le taux de chômage s'étalera entre 5% à 5,2% à long terme, alors qu’ils anticipaient une fourchette de 5,2% à 5,5% en fin d’année.
Cette révision «suggère que les participants voient davantage de capacités inutilisées dans l'économie qu’auparavant», a estimé Janet Yellen. Dans ce sens, le marché du travail disposerait encore d’une marge de progression avant que l'économie commence à alimenter une inflation plus forte. Le FOMC a réaffirmé dans son communiqué que le resserrement monétaire serait conditionné à des progrès supplémentaires sur le marché du travail et au retour du taux d’inflation vers son objectif de 2% à moyen terme.
Le communiqué de la Fed a fait grimper les marchés, en particulier actions. Le Dow Jones a gagné 1,27%, tandis que le Nasdaq s’est adjugé 0,92%. Sur l’obligataire, le rendement du T-note à 2 ans a connu sa plus forte baisse journalière en six ans. «C’est un communiqué très positif pour le marché obligataire car il dit que la Fed bougera avec une extrême lenteur si elle doit commencer à relever les taux», relève Gary Pollack, gérant fixed income pour la banque privée de Deutsche Bank.
Pour son confrère John Carey, gérant de Pioneer Investment Management, le rally s’explique par le fait que «certains craignaient peut-être un discours plus dur de la Fed (...) puisqu’elle n’a pas évoqué de moment précis pour le relèvement des taux». La Fed a d’une certaine manière atténué hier son désalignement avec les marchés, les contrats à terme sur les taux des Fed funds indiquant une amorce du resserrement monétaire à compter du mois de septembre prochain.
«Laissez-moi souligner encore une fois que la modification faite aujourd’hui [hier] de la forward guidance ne doit pas être interprétée comme le fait que nous avons décidé du moment de cette hausse initiale (...)», a martelé Janet Yellen. «La Fed est toujours sur la voie d’une hausse mais le rythme de cette hausse est ralenti du point de vue des anticipations de marché», note John Derrick, directeur de la recherche d’U.S. Global Investors. Ce taux est à son plus bas niveau depuis décembre 2008.
La dernière fois que la Fed a haussé ses taux, c'était en juin 2006, lorsque la vigueur du marché de l’immobilier et une forte croissance économique ont poussé la banque centrale à relever son taux directeur à 5,25%.
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