« La dépendance du budget au pétrole augmente depuis 5 ans »
La composition du nouveau gouvernement russe sera annoncée le 7 mai, le même jour que celui de l’investiture de Vladimir Poutine à la présidence de la Fédération de Russie. C’est alors qu’un agenda des réformes économiques pourra être fixé, levant ainsi une grande partie des incertitudes quant à la tenue des multiples promesses électorales. Les attentes sont nombreuses mais le gouvernement devrait surtout se concentrer sur quelques chantiers clés, concernant l’amélioration de la compétitivité des entreprises et la diminution de la dépendance de l’économie aux exportations de pétrole.
La rente énergétique a permis à la Russie de réduire sa dette et de financer son économie via la dépense publique. Ce modèle est-il pérenne ?
Il est vrai que le pays a significativement réduit son endettement grâce au boom pétrolier. La dette du pays tourne désormais autour de 10 % du PIB et les charges d’intérêts représentent moins de 1 % du PIB. Mais cette donne va changer. Les intérêts de la dette vont progresser dans les prochaines années car le déficit budgétaire va se creuser et sera financé par l’emprunt public. Avec la hausse des dépenses publiques, déjà amplement mobilisées par le Premier ministre Vladimir Poutine (élu président de la Fédération de Russie le 4 mars), pour que le budget soit à l’équilibre, il faut que le baril de pétrole atteigne 123 dollars cette année et 133 dollars en 2013 pour que le budget soit à l’équilibre. Les niveaux actuels ne permettent donc pas de rééquilibrer les comptes publics russes. Ce problème n’est pas une découverte pour les décideurs politiques puisque la dépendance du budget au pétrole augmente depuis 5 ans. En excluant les revenus pétroliers, l’excédent budgétaire de 0,8 % en 2011 se transforme en un déficit de 11,2 % du PIB.
Comment se décomposent les recettes fiscales ?
Tandis que les dépenses publiques suivent le cycle électoral, les recettes fiscales vont se tarir à moyen terme. Le gouvernement prévoit qu’elles atteignent 19,5 % du PIB en 2014, à comparer à 20,7 % en 2011. Cette baisse s’explique principalement par le recul du volume des exportations des matières premières. En effet, les taxes d’exportation et d’extraction d’hydrocarbures sont à l’origine de la moitié des recettes budgétaires fédérales et les taxes sur le pétrole représentent 90 % des taxes sur les matières premières.
Des réformes seront-elles entreprises afin d’estomper la dépendance de l’économie au pétrole et au gaz ?
Vladimir Poutine a intégré dans son ambitieux programme de campagne un plan de diversification de l’économie. Les mesures sont nombreuses, à savoir un doublement de la productivité des salariés pendant la durée de son mandat, une augmentation de l’investissement pour qu’il représente 25 % du PIB (contre 20 % actuellement), un accroissement du nombre d’emplois qualifiés et la facilitation de la création d’entreprises tout en limitant la bureaucratie, le développement des secteurs à forte valeur ajoutée (télécommunications, technologies d’information, biotechnologies). Même si ces mesures vont dans la bonne direction les gestes me paraissent contradictoires pour réduire la dépendance au pétrole. Vladimir Poutine a généré une inflation de dépenses publiques sans s’attaquer à l’absence de véritable système fiscal et de stratégie claire pour stimuler l’investissement dans le secteur pétrolier. Dans ces conditions, les prémisses d’une diversification économique pour la Russie sont loin d’être acquises.
Le nouveau régime fiscal de taxation du pétrole et du gaz sera-t-il encore modifié ?
En octobre 2011 la Russie a mis en place un nouveau régime fiscal dit « 60/66 » pour le pétrole. Celui-ci a permis de réduire le taux d’imposition marginal le plus important, à savoir celui sur les exportations (6,8 % du PIB en 2011). Le taux marginal sur le pétrole brut est ainsi passé de 65 % à 60 %. Parallèlement, celui sur les dérivées du pétrole a été unifié à 66 % contre 67 % auparavant pour les produits légers (essence, diesel et kérosène) et à 47 % pour les produits lourds (fuel). Il n’est pas prévu à l’heure actuelle une autre réforme sur la taxation des revenus de pétrole. En revanche, la taxe marginale d’extraction sur le gaz naturel devrait être doublée tandis que celle sur le gaz liquéfié (LNG) ne devrait pas être modifiée.
La Russie est-elle compétitive dans le gaz liquéfié ?
Comparativement aux pays du Golfe, la Russie ne l’est pas. Ceci explique que le Japon ne se soit pas tourné vers elle afin de faire face à ses besoins supplémentaires en LNG (gaz liquéfié) à la suite des accidents nucléaires de Fukushima. La Russie souhaite cependant se développer dans ce domaine et rattraper son retard. Ceci explique qu’elle n’ait pas remonté la fiscalité concernant le LNG, dont les l’exportation n’est pas taxée à la l’heure actuelle. La taxe sur le prix d’exportation du gaz naturel s’élève à 30 %, bien inférieure encore à celles sur le pétrole.
Quel est l’impact du retrait des banques européennes du marché russe ?
Solvable, le système bancaire russe n’est pas du tout fragilisé par leur départ. Les plans de développement des européens n’étaient pas adaptés au marché local. Les banques européennes n’avaient pas atteint une taille critique pour concurrencer les banques russes et ils ont souvent tenté de cibler une clientèle haute gamme peu captive par leur offre. Sans compter les tensions sur la liquidité bancaire en Europe de l’Est et le besoin de reconstitution des fonds propres en Europe de l’Ouest. Aujourd’hui, les plus importantes banques russes sont publiques (Sberbank, VTB, Gazprombank…). De fait, si elles rencontraient de difficultés elles seraient soutenues par le gouvernement qui dispose des troisièmes plus importantes réserves de change à l’échelle planétaire (500 milliards de dollars). Il y a donc aucun risque systémique bancaire en Russie. Au contraire, les banques russes vont de l’avant. Elles sont en train d’acquérir des actifs en Europe de l’Est. Un terrain, où elles se retrouvent en concurrence avec les grandes banques européennes.
Plus d'articles du même thème
-
La Banque du Japon cherche le bon dosage de ses outils de politique monétaire
Pressée de remonter son taux directeur à cause du retour de l’inflation, la banque centrale japonaise pourrait modérer le rythme de ses rachats d’obligations pour en atténuer les effets. -
L’économie française subit un coup de mou au premier trimestre
Le PIB s’est légèrement contracté alors que l’inflation continue d’augmenter et que le chômage remonte. Les premiers effets de la crise au Moyen-Orient se font sentir et aucun moteur de croissance ne compense ce ralentissement. -
SCPI : les faits marquants du mois de Mai 2026
Chaque mois, la rédaction de L’Agefi Patrimoine vous propose un condensé des nouvelles des SCPI : acquisitions, cessions, liquidités, nominations… -
Les minoritaires de Meta réclament majoritairement le principe « une action, une voix »
Lors de l’assemblée générale du 27 mai, l’une des dix résolutions dissidentes, proposant d’adopter un plan de recapitalisation attribuant une voix à chaque action en circulation, a obtenu 26% de soutien, alors que Mark Zuckerberg contrôlait les deux tiers de l’assemblée. -
CVC prend goût au secteur des ingrédients
La société d'investissement va racheter pour 4,3 milliards de dollars la division d'ingrédients alimentaires de l'américain IFF, lequel se recentre sur les arômes, les fragrances et les ingrédients santé. -
Columbia Threadneedle fait évoluer deux fonds en Article 8
Les deux stratégies étaient classées Article 6 jusqu’à présent.
ETF à la Une
La Bourse de Corée lance des ETF à levier sur Samsung et SK Hynix
- LBP AM et La Financière de l’Echiquier annoncent leur projet de fusion
- Sanso Longchamp AM gagne pour la première fois l'Alpha League Table
- Pierre Séquier (Exane AM) : «L'Europe germanophone constitue un objectif pour notre développement»
- Des investisseurs nordiques veulent empêcher le retour des forages arctiques
- Claire Bourgeois : «Les crises permettent de révéler le meilleur de chacun»
Contenu de nos partenaires
-
Donald Trump renonce à sa mainmise sur le Kennedy Center
Le président américain va transmettre le contrôle de la salle de spectacles au Congrès. Vendredi un juge fédéral a demandé à ce que son nom soit retiré du site ; la fermeture pour travaux a également été retoquée -
Vents contrairesEn France, le choc pétrolier relance l’inflation et freine la consommation
Après un premier trimestre en repli, l'économie française encaisse le choc de la crise énergétique, qui alimente le niveau des prix et l'attentisme des ménages -
5 choses à savoir sur le G7 du Numérique
La France organise le G7 Numérique du 27 au 29 mai 2026, réunissant les ministres du numérique des sept plus grandes économies pour coordonner leurs réponses aux défis de l’IA et du secteur digital.