Le coût des sauvetages bancaires pour les finances publiques suscite une inquiétude grandissante
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Alexandre Garabedian
La capacité des Etats à absorber le coût de la crise financière provoque un regain de défiance. Posée depuis plusieurs mois, la question a pris hier une acuité particulière sur les marchés de crédit. Le coût de l’assurance contre un défaut de la dette souveraine de pays comme la Belgique, l’Irlande ou l’Allemagne, mesuré par leurs CDS, a en effet atteint de nouveaux records. Le sujet, abordé cette semaine par les ministres des Finances de l’Union, commence à inquiéter ouvertement les responsables européens.
Le niveau des CDS souverains peut certes faire débat. A 325 points de base, ceux de l’Irlande impliquent que Dublin a une chance sur quatre de faire défaut dans les cinq ans!
Leur élargissement reflète néanmoins directement les inquiétudes des investisseurs sur la qualité de la signature des Etats. Plus encore que le creusement des écarts de rendement entre pays européens, qui traduit d’abord la meilleure liquidité des emprunts allemands. D’ailleurs, l’Allemagne n’est pas à l’abri du phénomène, son CDS ayant grimpé hier à 65 pb.
Le coût du sauvetage des systèmes bancaires a déjà forcé les Etats européens à lancer des programmes d’émission à moyen et long terme sans précédent: près de 800 milliards d’euros en 2009 et 900 milliards attendus en 2010, selon le dernier pointage de RBS, pour un afflux net de titres de 288 et 383 milliards respectivement.
Et le montant final de la facture reste une énigme. En témoignent, pour la seule journée de mercredi, la nouvelle injection de 7 milliards de Dublin dans ses banques, et le rejet de la vente de Fortis à BNP Paribas, qui va lester les finances publiques belges. En atteste aussi, aux Etats-Unis, le flou du plan Geithner. «Le Trésor américain a fixé une doctrine d’intervention massive, mais n’en connaît pas lui-même les modalités», estime Cian O’Carroll, responsable mondial crédit et hybrides chez Fortis IM.
Lors du conseil Ecofin de mardi, l’idée que certains pays pourraient être incapables d’assumer leur système bancaire a été évoquée. «Il se peut que pour certains Etats membres, soulager les banques de leurs actifs ne soit déjà plus une option, en raison de leurs contraintes budgétaires existantes et/ou de la taille relative des bilans bancaires par rapport au PIB», indiquait un document de la Commission européenne préparé pour l’occasion et révélé par le Telegraph. Lorenzo Bini Smaghi, membre du conseil des gouverneurs de la BCE, en a tiré les leçons hier devant les députés européens: «Il y a un risque que la défiance actuelle des marchés financiers à l’égard du système bancaire se transforme en défiance à l’égard des Etats.»
Aucun pays n’est nommément visé, mais beaucoup pensent à l’Irlande ou à la Belgique. Hier, Moody’s, référence en matière de notation souveraine, a d’ailleurs publié un rapport qui divise les Etats notés «Aaa» en trois catégories. L’Allemagne, la France ou les pays scandinaves font partie des «résistants». Les Etats-Unis et le Royaume-Uni sont classés, eux, parmi les «résilients», dont la note est soumise à rude épreuve mais qui disposent de ressources. Les plus vulnérables à une dégradation de leur note sont l’Irlande, suivie de l’Espagne. Cette dernière a déjà été déclassée par S&P en janvier.
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