La croissance française vue entre 0,3 et 0,4 % durant le premier semestre

Le prix des matières premières et la résistance de la demande intérieure sont les deux principaux aléas pesant sur le scénario de l’Insee
Yves-Marc Le Réour

«Entre résilience et risque inflationniste». Le titre de la dernière note de conjoncture publiée jeudi par l’Insee à propos de la zone euro s’applique également à l’économie française confrontée au fléchissement de l’activité mondiale, aux conséquences de la crise financière et à l’envolée du prix du pétrole et des matières premières.

La contribution du commerce extérieur à la croissance devrait être légèrement négative au cours du premier semestre 2008, souligne l’institut dont les enquêtes récentes tendent à prouver que « le climat des affaires s’est effrité dans l’industrie et fortement détérioré dans les services ». La consommation devrait toutefois résister à l’atonie du pouvoir d’achat des ménages, grâce au dynamisme persistant des créations d’emplois et à une baisse du taux d’épargne. La hausse des prix atteindrait 3 % à partir de mars, «l’inflation alimentaire contribuant à hauteur de 1 point à la hausse globale des prix entre juillet 2007 et juin 2008», selon l’institut qui prévoit d’autre part une fluctuation du cours du baril de Brent autour de 95 dollars d’ici à l’été. La croissance des pays émergents a pour effet paradoxal «d’accélérer cet effet inflationniste sur les matières premières tout en contribuant à la désinflation sur le prix des produits manufacturés», souligne l’Insee. Quant à l’investissement productif, il ne devrait pas être favorisé par la crise financière actuelle, tandis que l’investissement en logement devrait stagner.

Après une croissance de 0,4 % constatée durant le dernier trimestre 2007, l’Insee table donc sur une progression du PIB de 0,4 % au premier trimestre 2008 (+0,3 % hors effet des grèves de l’automne dernier) et de 0,3 % au deuxième. Cet «essoufflement modéré» est toutefois lié à la stabilisation aux niveaux actuels du prix des matières premières et à une résilience de la demande intérieure en partie dépendante des conditions d’accès au crédit. L’Insee précise en outre qu’avec un acquis de croissance de 1,4 % à fin juin 2008 sous ces hypothèses, la France «devrait enregistrer une progression de 0,8 % de son activité au troisième et au quatrième trimestres» pour atteindre la prévision officielle «proche de 2 %», ce qui semble très ambitieux. La ministre de l’Economie Christine Lagarde vient d’ailleurs à ce propos de déclarer que la prévision de croissance de la France sera révisée « en légère baisse » à la mi-avril.

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