La crise financière n’aura pas d’effet sur la notation de la dette publique
La capacité exceptionnelle des grands pays occidentaux à absorber les chocs rend improbable la dégradation de leur dette souveraine, selon Moody’s
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Yves-Marc Le Réour
« Il est inutile de noircir le tableau ». C’est ainsi que l’on peut résumer l’opinion de Moody’s sur la qualité de la dette souveraine de plusieurs pays occidentaux qui sont intervenus de façon directe pour éviter que la crise du crédit apparue à l’été dernier ne dégénère en crise systémique. En plus des moyens traditionnels consistant à injecter parfois massivement des liquidités, les autorités publiques ont également agi en tant qu’acheteurs en dernier ressort d’actifs financiers vulnérables (distressed), incluant souvent une recapitalisation.
Cela a été le cas en Allemagne avec la banque IKB qui a évité à l’été 2007 le dépôt de bilan grâce à l’intervention de la holding publique KfW. Les difficultés de West LB et Sachsen LB ont aussi été allégées grâce à la mobilisation de l’Etat fédéral et des Länder. La nationalisation de Northern Rock au Royaume-Uni, censée être temporaire, ou le soutien direct de la Réserve Fédérale américaine dans le sauvetage de Bear Sterns ont plus récemment avivé les craintes d’une dégradation de la qualité de la dette de ces Etats.
Le rapport publié par Moody’s à ce propos souligne que le coût inhérent aux crises financières et aux moyens pris pour y remédier est bien plus faible dans les pays industrialisés que dans les économies émergentes, les premiers disposant «d’une capacité d’absorption des chocs exceptionnelle et d’un degré de flexibilité financière bien supérieur à toute entité privée», comme le souligne le responsable de l’unité risque souverain de l’agence, Pierre Cailleteau.
La définition même d’une notation Aaa pour la dette publique suppose «qu’il n’y ait pas de limite supérieure au degré de solvabilité d’un Etat». D’autre part, l’augmentation temporaire de la dette liée à la reprise d’un actif n’implique pas forcément une charge future car il n’existe pas de pression sur la liquidité d’une dette publique notée Aaa, «le temps se transformant alors en allié». Enfin, l’accès à des sources de financement aussi diverses qu’importantes implique qu’une dégradation de la notation ne serait envisageable qu’en cas de détérioration prolongée de la dette de l’Etat concerné.
Moody’s souligne donc en conclusion que la dette souveraine américaine, britannique et allemande constitue bien en soi un «point d’ancrage dans la tempête», étant donné la très faible probabilité de la voir perdre son statut privilégié Aaa.
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