La crise économique en Russie tire les prix du blé à la hausse

Les craintes d’une baisse des exportations russes ont soutenu les volumes échangés sur les marchés financiers la semaine dernière.
Solenn Poullennec

Les difficultés économiques russes rendent le marché du blé nerveux. Les craintes d’un ralentissement voire d’un arrêt des exportations en provenance de Russie ont tiré les volumes et les prix à la hausse, ce qui fait du blé l’une des rares matières premières agricoles à tirer son épingle du jeu sur les marchés financiers à la fin de cette année.

La semaine dernière, Euronext a enregistré un record de volumes sur son contrat à terme sur le blé meunier avec 92.531 contrats échangés dans la seule journée de mercredi pour 4,6 millions de tonnes. Vendredi soir, le contrat future à échéance mars 2015 traitait à 197,25 euros la tonne, en baisse par rapport au pic enregistré jeudi dernier, à plus de 200 euros, mais en hausse de près de 3,8% sur un an et de plus de 26% par rapport au point bas enregistré au mois de septembre.

Alors que le rouble a perdu près de 44% face au dollar depuis la fin du mois d’octobre (il traitait à 59,5 vendredi soir), les acteurs du marché redoutent que pour contenir l’inflation des denrées alimentaires sur leur territoire, les autorités russes n’empêchent peu à peu les exportations de blé. «Les autorités russes disent qu’elles durcissent les critères qualitatifs à l’export», explique Michel Portier, directeur d’Agritel, une société qui conseille les professionnels de la filière sur les risques de marché. «La dévaluation du rouble est telle qu’il y a de la rétention de la vente de la part des producteurs», ajoute-t-il.

La Russie figure parmi les principaux exportateurs dans le monde et alors que le marché tablait sur des exportations de 24 millions de tonnes de blé en 2014, la Russie en a exporté seulement 16 millions à ce jour. «Le marché va être très volatil et très nerveux», assure Michel Portier. La tension est d’autant plus palpable que le marché est traditionnellement plus étroit en fin d’année alors que les organismes stockeurs de blé ont pour la plupart fermé leurs portes pour les fêtes.

«Les acteurs du négoce ne veulent pas se retrouver au printemps avec des engagements qu’ils seraient incapables d’honorer», ajoute Olivier Raevel, directeur des matières premières chez Euronext. «La bonne nouvelle c’est que notre contrat blé, déjà bien implanté sur le marché mondial, est en train de conforter son internationalisation. Le fuseau horaire et la situation en Russie font du contrat Euronext le candidat idéal au surplus de volumes, par rapport aux contrats américains», assure-t-il.

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