La crise appelle une réforme de la supervision bancaire américaine
Rien de tel qu’une crise profonde pour réformer un cadre institutionnel et politique défaillant. Avec les proportions prises par la crise financière actuelle aux Etats-Unis, la supervision bancaire et financière américaine, éclatée en plusieurs entités, est aujourd’hui sujette à controverse. L’heure des réformes est arrivée, même si selon toute probabilité, elles risquent d’attendre l’élection présidentielle de novembre prochain avant d’entrer dans la pratique des marchés financiers.
L’impuissance de la SEC (Securities and Exchange Commission) qui contrôle les marchés financiers et les banques d’investissement, à prendre en charge la crise de liquidité, est ouvertement critiquée outre-Atlantique au Congrès et par les milieux financiers. La crise Bear Stearns a forcé le mouvement et la Réserve fédérale a ouvert en direct son refinancement à la fenêtre de l’escompte aux banques d’affaires jusque-là exclues de ce type d’opérations. Ce faisant, elle a étendu ses prérogatives et reculé d’autant celles de la SEC, ce qui constitue en soit déjà une réforme.
L’opération en elle-même n’est pas du goût de tout le monde. Le candidat républicain John McCain a fait preuve d’une certaine réserve sur la gestion de la crise Bear Stearns par la Fed : « Quand nous demandons l’assistance du contribuable américain, cela doit s’accompagner de réformes. » Pour le candidat républicain, tout sauvetage d’une banque doit « seulement viser à empêcher un risque systémique », et non être un soutien aux milieux financiers et immobiliers.
Les critiques n’épargnent personne : « La Fed a dû agir dans la mesure où le Trésor et le Congrès se sont montrés incapables ou n’ont pas eu la volonté de trouver une solution pour éviter au contribuable de payer la note », explique Laurence Meyer, un ancien gouverneur de la Fed.
Un point d’accord se dégage de ce débat. Le sauvetage de Bear Stearns rend nécessaire de revoir la supervision bancaire aux Etats-Unis. La commission des services financiers de la Chambre des représentants suggère ainsi qu’un grand patron de la supervision financière soit désigné, un rôle fédérateur revenant à la Fed. Le Trésor travaille de son côté à une réforme de la réglementation.
Une chose est sûre : l’approche minimaliste de la régulation chère à Alan Greenspan, l’ancien patron de la Fed, a perdu beaucoup de ses adeptes.
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