La courbe des CDS américains reflète les craintes d’un défaut
Alors que le marché cash reste insensible au débat sur le plafond de la dette, la courbe des contrats dérivés s’est inversée hier
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Alexandre Garabedian
L’incapacité des dirigeants politiques américains à s’entendre sur le relèvement du plafond de la dette a trouvé hier une traduction concrète sur les marchés de taux. Non pas du côté des Treasuries (2,97% à 10 ans), totalement insensibles au danger. En revanche, sur le marché des contrats dérivés, la courbe des CDS (credit default swaps) sur emprunts d’Etat américains s’est inversée pour la première fois.
Les CDS servent à s’assurer contre un défaut de l’émetteur sur sa dette. Hier, le CDS à 1 an des Etats-Unis a bondi pour toucher les 80 points de base, tandis que le CDS à 5 ans, indicateur de référence, se traitait aux alentours de 56 pb. Pendant toute l’année 2010 et début 2011, le CDS 5 ans s'échangeait au contraire entre 25 et 30 pb au-dessus du CDS 1 an.
«Nous sommes à une semaine de la date-butoir [du 2 août, ndlr] et aucun accord n’a été trouvé, de sorte qu’un défaut technique devient plus probable, indique Greg Venizelos, stratégiste de BNP Paribas cité par Bloomberg. Une inversion de la courbe traduit des craintes de défaut à court terme, ce qui est exactement en train d’arriver aux Etats-Unis.»
L’Isda, l’association des professionnels des dérivés, a indiqué hier qu’un défaut américain déclencherait le règlement des contrats de protection. Le Trésor disposerait toutefois d’un délai de grâce de 3 jours pour remédier au défaut, selon la documentation des CDS, avant qu’un comité de l’Isda ne statue sur un évènement de crédit.
Au 15 juillet, le montant des CDS assis sur la dette souveraine des Etats-Unis atteignait 26,1 milliards de dollars en brut et 4,77 milliards en exposition nette, pour 1.037 contrats, selon la chambre de compensation DTCC. Ces chiffres ne tiennent pas compte du risque américain couvert à travers les CDS sur indices souverains.
Les volumes sur les CDS des Etats-Unis sont relativement élevés, mais l’émetteur ne figure qu’au 24e rang des signatures les plus traitées. Le nombre et le montant des contrats traités sur la France est par exemple de quatre à cinq fois supérieur. Le fait même qu’un établissement privé puisse vendre une assurance contre un défaut de l’Etat américain laisse certains observateurs sceptiques: ils doutent de la capacité du vendeur à honorer ses obligations compte tenu de la crise majeure qu’un tel évènement provoquerait.
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