La convalescence française bridera la croissance de nombreux secteurs en 2011
Après le rebond important de l’économie au sortir de la crise, le freinage de la croissance française au troisième trimestre 2010 milite pour une période de consolidation caractérisée par une activité «certes moins dynamique, mais également plus autonome et donc plus solide», juge le Crédit Agricole-LCL dans ses dernières perspectives économiques et sectorielles. La reconstitution à venir des stocks, modeste et temporaire, ne sera pas décisive pour soutenir l’activité, tandis que la contribution du commerce extérieur devrait être négative durant les prochains trimestres. Les exportations seront en effet handicapées par «les problèmes structurels des entreprises françaises à l’international», souligne Axelle Lacan, économiste au Crédit Agricole.
Même si elle restera positive, la consommation privée ne sera pas favorisée par une reprise molle de l’emploi et une hausse limitée des revenus découlant de la reconstitution des gains de productivité. Les mesures d’assainissement des finances publiques affecteront le pouvoir d’achat, à travers la réduction des niches fiscales et sociales ou l’arrêt d’aides ciblées, notamment dans l’automobile. L’investissement des entreprises devrait en revanche continuer à se redresser en raison «d’un endettement relativement limité et de conditions de financement toujours avantageuses», même si une demande finale en demi-teinte pourrait limiter cette hausse. Les économistes de la banque prévoient donc une progression du PIB limitée à 1,5% cette année après 1,6% en 2010. Bien qu’une croissance soit attendue dans la plupart des secteurs, elle sera le plus souvent inférieure à 5%. En pourcentage pondéré du poids des secteurs, la baisse ne concernerait plus que 11% de la production française cette année contre 34% en 2010. 79% de la production domestique enregistrerait une hausse (61% l’an dernier) et 10% resterait stable.
La caractéristique commune des secteurs figurant dans le haut du classement est leur faible représentativité au sein de leur filière. Les véhicules utilitaires de plus et de moins de 5 tonnes (voir graphique), dont les ventes seront tirées par «le renouvellement de contrat de leasing après deux années d’attentisme», constituent à eux deux moins d’un quart de l’industrie automobile, à égalité avec les équipementiers dont la croissance (+1% en valeur) sera bridée par l’arrêt des primes à la casse. Cette décision aura un effet négatif amplifié pour les voitures particulières, avec une production en repli de 5% en volume cette année. Après un plongeon de 22% l’an dernier, le rebond anticipé de la construction et réparation navales est lié à l’impact de commandes libyennes et russes.
Mis à part la pharmacie toujours tirée par les exportations, on retrouve dans les secteurs affichant une croissance d’au moins 3% bon nombre d’industries appartenant aux biens intermédiaires (fonderie, verre plat, papier carton, composants électroniques, chimie). Si le bâtiment devrait bénéficier du fort rebond attendu du logement neuf, la reprise des travaux publics «restera modeste du fait des contraintes budgétaires».
En queue de peloton figurent toujours des secteurs (textile, chaussures, habillement) dont la production française est «en voie de disparition», relève Bernard Monsigny, ingénieur conseil au département des Etudes industrielles du Crédit Agricole. Hormis le cas des voitures particulières déjà évoqué, ils sont rejoints par le secteur «télécoms, informatique et électronique civile» pénalisé par des opérateurs mobiles «prudents dans leurs investissements sur un marché toujours concurrentiel».
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