La chute de l’euro semble loin d'être achevée

La monnaie unique a cédé 1% en une semaine contre dollar et 3,3% depuis début juillet pour revenir à 1,3259, son plus faible niveau depuis un an
Patrick Aussannaire

Mario Draghi peut se réjouir. Longtemps appelée de ses vœux, la chute de l’euro s’est poursuivie durant l’été. La monnaie unique a abandonné 3,3% de sa valeur contre le billet vert depuis début juillet pour tomber à 1,3259, son plus faible niveau depuis un an. Depuis son plus haut de 1,391 atteint début mai, la dépréciation de la devise atteint près de 5%. Un mouvement qui s’est même accéléré, puisqu’elle a dévissé de 1% depuis vendredi dernier, avec le renforcement des positions vendeuses d’euro ces dernières semaines par les comptes spéculatifs du fait de la croissance nulle en Europe au deuxième trimestre.

De son côté le dollar est soutenu par la perspective d’une prochaine sortie de la politique monétaire ultra-accommodante menée par la Fed ainsi que par l’amélioration des perspectives économiques dans le pays. Depuis son point bas de mai, l’indice dollar DXY a progressé de 4% à 82,23, au plus haut depuis septembre 2013. Un rebond faisant suite au témoignage semi-annuel de Janet Yellen devant le Sénat indiquant que la Fed pourrait relever ses taux plus tôt que prévu si le marché de l’emploi continuait de s’améliorer.

La divergence dans l’orientation des politiques monétaires des deux côtés de l’Atlantique s’est en outre transmise au marché des taux. Depuis les mesures prises en juin par la BCE, la moyenne mobile à 7 jours du spread entre le taux au jour le jour américain et l’Eonia est ainsi repassée en territoire positif pour la première fois depuis novembre 2013 et reste stable depuis dans un intervalle compris entre 3 et 9 points de base. Sur la partie 2 ans, si le rendement du Schatz allemand est repassé en territoire légèrement négatif pour la première fois depuis avril 2013, celui des Treasuries a progressé de 6 pb cette semaine à 0,46%. Sur la partie 30 ans, le spread s’est écarté de 15 pb cette semaine et n’est plus, à 135 pb, qu’à 6 pb de son record de 2005.

Dans ce contexte, les économistes prévoient une nouvelle baisse de l’euro. Si SG CIB rappelle qu’«avec un excédent courant de 219,6 milliards d’euros l’année dernière, la balance des paiements totaux a été la principale source de force de l’euro», il estime que l’afflux de capitaux investis en zone euro «a certainement atteint son point haut depuis quelque temps». Une inflexion de la balance des paiements en juillet pourrait ainsi ramener l’euro progressivement vers une parité de 1,20.

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