La Chine mène une politique à double tranchant avec ses banques

Si le taux à 7 jours est revenu sous les 4% ce matin, la chute des valeurs bancaires pousse les investisseurs vers les produits à haut rendement
Patrick Aussannaire

Si le marché interbancaire chinois semble en phase de normalisation, la crise l’ayant touché laisse des traces sur les banques du pays. Ce matin, le taux de refinancement à 7 jours enregistrait son dixième jour de baisse pour revenir sous la barre des 4%, à 3,91%, soit dix points de moins que son record enregistré le 20 juin au plus fort de la crise. La Banque Populaire de Chine (PBOC) devrait procéder à une injection nette de liquidités de 46 milliards de yuans cette semaine, après les 25 milliards déjà injectés la semaine dernière.

Cependant, « la PBOC ne peut pas procéder à des injections massives de liquidités qui mettraient en cause son but de pénaliser les banques qui ont eu recours à des politiques de distribution de crédits trop agressives, cela serait envoyer un mauvais signal », comme le rappelle BNP Paribas. L’autorité a clairement indiqué qu’elle procède à des injections de liquidités sélectives destinées aux banques qui financent l’économie réelle. « L’aspect positif de la volatilité du taux monétaire est qu’il rappelle aux banques le nécessaire ajustement de leurs activités de prêts » suite à « une forte poussée des crédits bancaires », a indiqué lundi son gouverneur, Zhou Xiaochuan.

« Une opération qui n’est pas sans risque, capable d’engendrer un atterrissage brutal de l’économie du pays », estime la Société Générale. Les actions des quatre plus grandes banques du pays étaient encore en recul ce matin, après avoir plongé de 12% le mois dernier. Elles traitent ainsi à un niveau de 4,8 fois leurs résultats anticipés, contre une moyenne de 7,4 fois sur les trois dernières années. Et le niveau des CDS à 5 ans de Bank of China s’envolait ce matin à 198 points de base. Selon le fournisseur de données EPFR, les gérants de fonds internationaux ont retiré 834 millions de dollars du marché actions chinois sur les cinq premiers jours de juin, un record depuis janvier 2008.

Comme le craignait en outre Moody’s, la chute des actions a accentué le recours aux produits de gestion de fortune qui offrent des rendements deux fois supérieurs au taux de dépôts. Selon Benefit Wealth, un record de 1.137 de ces produits ont été vendus par 70 banques sur les deux dernières semaines, une hausse de 50% sur un an.

L’opération de la PBOC « est néanmoins nécessaire si la Chine souhaite opter pour une croissance tournée vers la hausse des investissements», estime la Société Générale. La banque centrale aurait ainsi alloué 12 milliards de yuans aux institutions financières pour investir dans les PME, alors que les sociétés chinoises n’ont levé que 226,5 milliards de yuans par le biais d’émissions en juin, contre 402,7 milliards en mai.

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