La Chine étale son ascendant sur le Vieux Continent

Profitant de la réunion annuelle commerciale sino-européenne, Pékin apporte un soutien intéressé au plan de stabilisation européen
Patrick Aussannaire

Pékin profite de la débâcle européenne pour pousser ses pions. Profitant de la troisième réunion annuelle du dialogue économique et commercial sino-européen qui s’est tenue à Pékin mardi, le ministre chinois du Commerce, Chen Deming, a soufflé le chaud et le froid sur la crise de la dette souveraine européenne. Tantôt circonspect, attendant de «voir si l’Union européenne est capable de contrôler les risques de la dette souveraine et si un consensus peut être traduit en acte réel pour permettre à l’Europe d'émerger de la crise financière rapidement et en bon état». Tantôt rassurant, le vice-Premier ministre, Wang Qishan, parlant lui «d’action concrète» en faveur de certains Etats.

Un soutien qui est cependant loin d’être désintéressé. Tout d’abord parce que la Chine a des échanges importants en Europe et en serait pour ses frais dans le cas d’une dislocation de la zone et de sa monnaie. Les échanges entre les deux zones ont ainsi représentés quelque 434 milliards de dollars dans les onze premiers mois de l’année, soit une hausse de plus de 30% en un an, pour un excédent de 122 milliards en faveur de Pékin. Par ailleurs, ces déclarations se sont rapidement avérées être un cadeau empoisonné. Anticipant la poursuite de la réallocation des 2.650 milliards de dollars de réserves de change chinoises vers de la dette libellée en euro, les investisseurs ont fait repartir le cours de l’euro à la hausse, avant que celui-ci ne retombe légèrement à 1,31 dollar après la mise sous perspective négative de la note du Portugal par Moody’s.

Même si les chiffres officiels sont tenus secrets par les autorités, des rumeurs ont circulé selon lesquelles Pékin se serait récemment porté acheteur de dette souveraine et d’actifs grecs et portugais. Les analystes estiment que compte tenu de la taille de ses réserves de change, la Chine n’a pas d’autre choix que de poursuivre sa réallocation vers les obligations d’Etat européennes de maturité longue.

Mais l’aide n’est pas gratuite et la Chine compte en profiter pour dicter ses conditions. Et des sources européennes évoquent déjà que Pékin réclamerait pêle-mêle la reconnaissance de son statut d’économie de marché ainsi que la levée de l’embargo sur les armes imposé en 1989 suite au massacre de la place Tiananmen. Ce qui réclamerait un vote à l’unanimité de l’ensemble des membres de l’Union européenne

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