La capacité de réaction de la Banque nationale suisse est mise à l'épreuve
La Banque nationale suisse (BNS) est en alerte. Les mesures d’assouplissement prises par la BCE pour atteindre son objectif en termes de taille de bilan pourraient bien contraindre son homologue suisse à reprendre très prochainement ses interventions sur le marchés des changes, interrompues depuis septembre 2012, pour défendre le taux plancher du franc fixé à 1,20 contre euro. La devise suisse se renforçait ainsi hier pour atteindre un cours de 1,2009 en séance contre la monnaie unique. Un niveau qu’elle n’avait plus connu depuis plus de deux ans et qui se situe désormais à seulement 0,075% du plancher de la BNS.
La hausse du franc est partiellement due à l’incertitude entourant l’issue du référendum sur la détention de réserves en or de la BNS qui se tiendra le 30 novembre. Un sondage donnait hier le «non» gagnant. Même en cas de victoire du «oui», la BNS disposera d’un délai de cinq ans pour augmenter la part de ses réserves d’or à 20% de ses actifs.
Selon une enquête réalisée par Bloomberg, les économistes s’attendent majoritairement à ce que l’autorité maintienne son taux plancher jusqu’à 2017 en réaction à la politique de la BCE. D’autant que la BNS dispose de réserves de change records de 462 milliards de francs (environ 70% du PIB). «La BNS a tout intérêt à défendre son taux pivot pour éviter que l’économie ne bascule dans la récession et dans la déflation», estime Nordine Naam, stratégiste change chez Natixis. L’économie suisse est entrée en déflation en septembre avec une baisse des prix à la consommation de 0,1% sur un an. La BNS a d’ailleurs ajusté ses prévisions à la baisse en septembre et table sur une inflation moyenne à 0,1% cette année et 0,2% en 2015, alors que la croissance devrait ralentir à 1,5% cette année et 1,9% en 2015, après 2% en 2013.
La BNS dispose en outre d’autres armes pour lutter contre appréciation excessive de sa devise. La probabilité de la voir suivre l’exemple de la BCE en faisant passer les taux de dépôt ou directeurs en territoire négatif a ainsi récemment gagné en crédibilité. «Nous doutons que la BNS ait envie d’être simple collecteur de tous les euros que les entreprises et les banques ne souhaitent plus conserver», estime ING. La décision prise par UBS et Credit Suisse fin 2012 de facturer les dépôts en francs en appliquant des taux d’intérêt négatifs allant jusqu'à -1% avait conduit à une chute du franc de 1,20 à 1,25 en quelques semaines.
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