La Bulgarie s'épargne une crise bancaire aiguë grâce à l’aide de l’Europe

Les «bank runs» de la semaine dernière rappellent aux investisseurs le risque d’instabilité du pays, qui vient de lever un emprunt à 10 ans
Alexandre Garabedian

Le 26 juin, alors même qu’elle venait de placer sous tutelle le quatrième prêteur du pays, Corpbank, la Bulgarie a levé sans forcer 1,5 milliard d’euros à 10 ans à 3,05%. Le lendemain, la troisième banque locale, First Investment Bank, voyait à son tour affluer les déposants à ses guichets à l’occasion d’un «bank run». Pour mettre fin à ce début de panique bancaire, que les autorités ont imputée à un «complot» fomenté par plusieurs individus, Sofia a demandé et obtenu l’aide de la Commission européenne. Celle-ci a débloqué hier une ligne de crédit de 3,3 milliards de lev (1,7 milliard d’euros) destinée à soutenir les banques. Le marché boursier bulgare a rebondi, effaçant ses pertes des deux derniers jours.

Pendant tout ce temps, le marché obligataire est resté plutôt calme. Cette minicrise bancaire surgie de nulle part vient cependant rappeler aux investisseurs internationaux que le pays le plus pauvre de l’Union européenne constitue une destination à risque. A cet égard, le placement du 26 juin «représente le triomphe ultime d’investisseurs mondiaux qui achètent simplement pour les niveaux de rendements et non pour les fondamentaux», regrettent les économistes de Nomura.

Sur le papier, la signature de la Bulgarie peut certes inspirer confiance: un déficit public attendu à 1,1% l’an prochain, une dette publique de 22% du PIB et une croissance faible mais positive. Le pays a par ailleurs adopté une politique de change stricte (currency board) avec un cours du lev fixe par rapport à l’euro (peg).

Il présente cependant plusieurs faiblesses. Le système bancaire, dont près de 70% des actifs sont aux mains de groupes étrangers, présente un taux de créances douteuses élevé qui atteindrait désormais 18% des encours. Par ailleurs, sur les 30,7 milliards de dépôts dans le système bancaire, 60% sont libellés en devise locale et 40% en devises étrangères. De quoi mettre sous pression les réserves de la banque centrale (13,8 milliards d’euros) et le peg si les Bulgares décidaient de convertir massivement en euros leurs dépôts en lev. La ligne de crédit accordée hier permet d'éloigner ce risque.

La faiblesse du gouvernement de transition en place, installé depuis mai 2013, demeure le principal problème du pays. Les prochaines élections n’auront pas lieu avant le 5 octobre. «D’ici là, les forces de déstabilisation ont encore le temps de prospérer», souligne Nomura.

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