La BCE veut inciter les banques à racheter de la dette souveraine

L’institut d’émission espère qu’elles utiliseront la nouvelle facilité de refinancement à trois ans pour regarnir leurs portefeuilles
Philippe Mudry

Les jours passent sans que le sommet de l’Union européenne du 9 décembre produise la détente escomptée sur le marché de la dette européenne. Si, du côté des régulateurs, on incrimine volontiers le rôle des agences de notation dans la perception défavorable des résultats du conclave de Bruxelles, on pense aussi que davantage de clarification sera nécessaire pour inciter les banques à revenir sur ce marché crucial.

Dans les milieux des banquiers centraux, on se dit conscient que deux mesures ont été particulièrement dommageables à la confiance: la décision politique de faire prendre par les créanciers privés leurs pertes sur le dossier grec et celle de l’Autorité bancaire européenne (EBA) de demander aux banques, lors de ses derniers «stress tests», de calculer leurs coussins additionnels de capital en prenant en compte la valeur de marché de leurs portefeuilles de titres souverains.

Or les assurances officielles récentes données aux banques que le cas grec demeurerait unique ne les ont pas convaincues que le risque d’un nouvel accident sur la dette souveraine a disparu. Elles considèrent toujours que la décision de l’EBA justifie pour l’avenir une approche prudente de ce qui était traditionnellement considéré comme des actifs sans risque.

«Une clarification des autorités bancaires est nécessaire, le message n’est pas passé», estime-t-on dans les milieux des banquiers centraux. S’il n’est pas question pour la BCE d’intervenir plus avant sur le marché secondaire – «ce qu’elle a fait pour l’Italie équivaut proportionnellement presque à ce qu’a fait la Fed pour les Etats-Unis» -, l’institution espère que les banques utiliseront en partie la nouvelle facilité de refinancement à trois ans ouverte à partir du 21 décembre pour regarnir leurs portefeuilles. «Emprunter à taux très bas auprès de la BCE pour prêter à taux élevés aux pays périphériques pourrait les aider à se refaire une santé», estime-t-on dans ces milieux.

Mais du côté professionnel, la méfiance domine. Dans une note, la recherche crédit de BNP Paribas juge ainsi «très douteux» que les banques redeviendront «acheteuses déterminées» de dettes souveraines. Les décisions de l’EBA ont déclenché une dynamique baissière, et revenir sur ce marché serait prendre un nouveau risque en termes de fonds propres dans le cadre de futurs «stress tests», estiment ses analystes.

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