La BCE maintient grand ouvert le robinet des liquidités
Lucide sur la mauvaise conjoncture, l’institut d'émission a non seulement abaissé son taux refi à 0,5% ce jeudi, mais va maintenir jusqu’en juillet 2014 ses opérations de refinancement illimité.
Publié le
Laurent Chemineau
Mario Draghi. Source photo: BCE
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Le profond marasme économique où se trouve la zone euro ainsi que la faiblesse de l’inflation ont rendu incontournable une baisse des principaux taux d’intérêt de la Banque centrale européenne (BCE), a admis jeudi son président, Mario Draghi lors de sa conférence de presse mensuelle. Quelques heures auparavant, l’institut d’émission européen avait annoncé, à la mi-journée, une baisse de 25 points de base du taux de refinancement à 0,5%, un nouveau plus bas historique après 10 mois d’attentisme. « La faiblesse du sentiment économique s’est prolongée au printemps de cette année», a reconnu Mario Draghi et «les anticipations d’inflation dans la zone euro continuent d'être fermement ancrées».
Le président a très logiquement tracé les perspectives pour les prochains mois : « notre politique monétaire restera accommodante autant que de besoin », a-t-il prévenu, affirmant vouloir fournir toute la liquidité dont les banques ont besoin jusqu’à l’été 2014 et permettre l’accès des PME au crédit en favorisant la titrisation des prêts aux entreprises non financières.
Après cinq trimestres consécutifs de contraction du PIB de la zone euro, Mario Draghi veut croire à un redressement de la conjoncture. Mais celui-ci ne devrait se concrétiser que plus tard cette année. « L’économie de la zone euro devrait se stabiliser puis se redresser au deuxième semestre de l’année », a-t-il affirmé. Certains facteurs défavorables pourraient toutefois jouer les troubles fête comme le risque de maintien d’une demande insuffisante, des réformes structurelles trop lentes qui retarderaient le retour de la confiance, a prévenu le banquier central. Il estime aussi que les mesures de consolidation budgétaire dans le secteur public comme privé vont continuer à peser sur l’activité.
Parmi les décisions prises par le conseil de la BCE, auquel a participé le vice-président de la Commission européenne, Olli Rehn, figurent, outre la baisse du taux refi et des autres principaux taux de la BCE, le soutien à la liquidité et « de possibles nouveaux pas en vue de renforcer le crédit », a-t-il dit. Ainsi la BCE a décidé de «poursuivre les principales opérations de refinancement (MROS) comme les procédures d’offre à taux fixe avec allocation illimitée aussi longtemps que nécessaire, et au moins jusqu’à la fin de la sixième période de maintenance de 2014 prévue le 8 juillet 2014 », a précisé le banquier central. De plus, la BCE a décidé d’effectuer des opérations sur trois mois de refinancement de long terme (LTRO) jusqu’à la fin du deuxième trimestre de 2014 avec allocation illimitée.
Par ailleurs, le Conseil des gouverneurs a décidé de lancer des consultations avec les autres institutions européennes sur les moyens de promouvoir un marché actif des prêts titrisés aux entreprises non financières. Les PME peinent à se procurer de l’argent notamment dans les pays périphériques du sud.
En attendant, « il est essentiel que les gouvernements intensifient les réformes structurelles et avancent en matière de consolidation fiscale et recapitalisation bancairelà elle est nécessaire », a martelé Mario Draghi. Il a également exhorté les dirigeants européens à « entretenir l’élan vers une véritable Union économique et monétaire, y compris une rapide instauration de l’Union bancaire ».
NatWest et Santander ont émis des obligations subordonnées Additional Tier 1 (AT1) remboursables par anticipation seulement après 10 ans, au lieu des 5 ans habituels. Pour les banques, cela repousse les échéances de leur refinancement. Pour les investisseurs, les risques de dépréciation et de non-remboursement à date de «call» augmentent.
Dans son rapport sur le rôle international de l’euro, la BCE classe sa devise au deuxième rang mondial derrière le dollar dans le système monétaire international. L’euro devient également une valeur refuge pour de nombreux investisseurs.
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