« La BCE devrait baisser ses taux dans quelques mois »
précise Alexandre Bourgeois, chef économiste adjoint chez Natixis
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Propos recueillis par Tân Le Quang
L’Agefi : Croyez-vous à une poursuite de l’assouplissement monétaire de la Réserve Fédérale américaine après son dernier geste de 75 pb ?
Alexandre Bourgeois : Avant toute chose, il faut rappeler que l’assouplissement récent de la politique monétaire américaine est exceptionnel. En effet, en ayant baissé ses taux de 300 pb en six mois, la Fed a conduit une opération inédite depuis plus de vingt ans. Dans ce contexte, il reste peu à attendre au niveau des « mesures traditionnelles » que pourrait prendre la Réserve fédérale. Seul un dernier mouvement de taux pourrait être, selon nous, décidé fin avril (- 50 points de base). Mais en portant ses taux à un niveau de 1,75 %, la Fed aura fait le maximum et devra ensuite attendre que cet assouplissement monétaire massif porte l’intégralité de ses fruits.
La BCE finira-telle par s’inspirer de la Fed ?
Le discours actuel de la BCE manque de clarté. L’institution européenne a en effet soufflé le chaud et le froid ces derniers temps. Dans ce contexte, même s’il faut noter que la volatilité actuelle ne facilite pas le travail des banquiers centraux, la lisibilité de la politique monétaire s’est réduite. Pour autant, nous continuons de penser que la BCE devrait baisser ses taux dans quelques mois. En effet, le ralentissement de la demande étrangère, dans un contexte de hausse spectaculaire de l’euro, conduit à un ralentissement du moteur externe de la zone. Dans le même temps, le pouvoir d’achat des ménages ne progressant que faiblement, le marché immobilier poursuivant sa correction et le recours au crédit se durcissant fortement, la demande intérieure ne pourra prendre le relais. Dans ce cadre, et sachant que l’inflation endogène reste limitée et que la santé du monde bancaire se dégrade, le refi pourrait être abaissé à 3 % d’ici un an, avec un premier geste de la BCE à partir de l’été.
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