La bascule des marchés émergents vers les pays développés s’accélère
En plus de la réallocation des actifs des obligations vers les actions, les marchés financiers connaissent une seconde bascule, tout aussi puissante: le rapatriement des fonds des pays émergents vers les marchés développés. Entamé de façon sporadique il y a quelques semaines, le mouvement prend de l’ampleur.
Selon les dernières statistiques collectées par Morgan Stanley, 760 millions de dollars ont ainsi fui les fonds investis en actifs émergents lors de la semaine du 14 août, dont 590 millions rien que pour les fonds asiatiques, actions et dette confondues. Il s’agit de la troisième semaine de repli consécutive. Pour les seuls marchés actions, 300 millions de dollars ont quitté la Chine et 290 millions le Brésil en une semaine, principalement pour alimenter des fonds investis sur les actions européennes. Depuis le début du mois, les retraits cumulés atteindraient ainsi plus de 1,5 milliard de dollars. Si la tendance se maintient au cours des deux prochaines semaines, août constituerait le sixième mois consécutif de fuite des capitaux pour les marchés émergents.
La perspective d’un ralentissement dès le mois de septembre du programme de rachats d’actifs de la Réserve fédérale explique une partie des retraits. La disparition, même partielle, de ce soutien massif fait entrer les marchés dans un monde inconnu, ce qui incite les fonds à se réorienter vers des actifs jugés plus sûrs. Le mouvement de fuite concrétise surtout la dégradation du sentiment des investisseurs concernant l’évolution des économies émergentes. Entre une croissance chinoise qui atteint son taux le plus bas depuis 13 ans, une inflation soutenue au Brésil, un ralentissement économique marqué en Russie, le déficit des comptes courants en Indonésie ou la récession thaïlandaise, les motifs d’inquiétude ne manquent pas.
Cette bascule devrait continuer à nourrir le décalage entre les différents marchés. Depuis le début de l’année, l’indice MSCI marchés émergents a plié de 9,2%, alors que dans le même temps le S&P 500 a gagné 16,1%, deux fois plus que le MSCI Europe (+8,8%). Résultat, selon les analystes de Citigroup, les marchés émergents accusent une décote de 29% en termes de ratio cours sur bénéfices (PE), environ 4 points de plus que la moyenne historique. La décote était d’à peine 15% début 2013.
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