La Banque des règlements internationaux s’alarme du piège de la dette
La Banque des règlements internationaux s’inquiète des politiques à courte vue. Dans son rapport annuel publié dimanche, l’institution appelle les dirigeants économiques à se focaliser sur le cycle financier plutôt que sur des chiffres de croissance, d’emploi ou d’inflation qu’il faudrait gonfler à tout prix. La BRI craint en effet que les grandes banques centrales, avec leur biais accommodant, n’entretiennent un cercle vicieux.
«Les fluctuations qui peuvent déboucher sur des crises bancaires comme la dernière en date s'étalent sur des durées bien plus longues que les cycles économiques, (…) sur 15 à 20 ans en moyenne», écrit la BRI. Or les crises de bilan bancaire ont des conséquences sans commune mesure avec les récessions classiques. «Si les mesures prises par les pouvoirs publics ne s’inscrivent pas dans une perspective à long terme, elles risquent, en cherchant à régler un problème immédiat, de créer un problème ultérieur bien plus grave. L’accumulation de la dette au fil des cycles économiques et financiers successifs devient alors le facteur décisif», poursuit l’institution.
Celle-ci relève que les ratios de dette publique et privé sur PIB continuent d’augmenter depuis 2007 et «semblent dans plusieurs cas suivre une trajectoire intenable». «Les conditions exceptionnellement accommodantes mises en place dans les économies avancées se sont propagées au reste du monde et y ont favorisé des boums financiers», ajoute la BRI. Elle détecte de nouvelles poches de vulnérabilité: le développement des emprunts en devises fortes de la part des corporates émergents, ou celui de la gestion d’actifs dans ces mêmes marchés émergents, avec le risque de liquidation précipitée.
Ces développements, alliés à l’exubérance des marchés, laissent craindre aux experts de la BRI qu’un «piège de la dette» soit à l’œuvre, alimenté par le biais des banques centrales vers la baisse des taux. Dans ce cas, «les crises financières systémiques ne deviennent pas moins fréquentes ni moins intenses, la dette publique et privée continue de grossir, l’économie ne parvient pas à s’engager sur une trajectoire viable, et les politiques monétaire et budgétaire se trouvent à court de munitions», indique la BRI. Jugeant que la politique monétaire «est trop sollicitée depuis trop longtemps», elle appelle sans surprise à des réformes structurelles et à une plus grande symétrie des politiques macroéconomiques et prudentielles.
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