La Banque de Russie donne un coup d'épée dans l’eau
La hausse de 150 points de base du taux directeur n'élimine pas les raisons fondamentales de la dépréciation du rouble depuis plusieurs mois.
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Alexandre Garabedian
Confrontée à une crise de change, la Banque centrale de Russie (CBR) a décidé de frapper fort. Avec un succès mitigé: la hausse des taux de 150 points de base annoncée vendredi matin, largement supérieure à un consensus d’économistes divisé qui attendait au mieux un resserrement de 50 pb, n’a provoqué qu’un rebond temporaire du rouble. La devise russe, qui a rebondi de 42,14 à 40,66 pour un dollar dans les secondes ayant suivi l’annonce, est aussitôt repartie à la baisse. Le gain de 3,8% réalisé lors de la séance du 30 octobre, en anticipation de la réunion de la banque centrale, aura été sans lendemain pour la devise.
Depuis fin juin, le rouble a cédé près de 20% face au billet vert et 12,5% face à l’euro. Une chute qui a pour conséquence un regain d’inflation importée. La hausse de l’indice des prix, à 8,4% sur un an à fin octobre, devrait rester supérieure à 8% d’ici à la fin du premier trimestre 2015, a indiqué la banque centrale, alors que cette dernière s’est fixé un objectif à 5,5%. Les restrictions à l’importation de biens agricoles en provenance de l’Europe, prises cet été comme mesure de rétorsion à l’encontre de l’Occident après les sanctions imposées dans la crise ukrainienne, ont aussi eu un effet inflationniste.
La CBR avait tenté vainement d’endiguer la baisse de sa devise en intervenant sur le marché des changes. Ces interventions ont atteint 27 milliards de dollars en octobre, ramenant le niveau des réserves de change du pays à 439 milliards de dollars, leur plus bas niveau depuis mars 2010. Pour ne rien arranger, le prix du baril de pétrole a plongé de 12,7% depuis la dernière réunion de la CBR, et les sorties de capitaux sur neuf mois à fin septembre atteignent déjà 85 milliards de dollars.
La banque centrale n’a en revanche rien changé à sa politique de change. Certains analystes estimaient, avant vendredi, qu’elle pourrait abandonner dès maintenant, et non en 2015, sa bande de fluctuation du rouble pour rendre ses interventions moins prévisibles. «Cela pourrait décourager les spéculateurs, mais n’éliminerait pas la principale raison de la dépréciation du rouble: le manque de devises étrangères sur le marché lié à l’incapacité des banques et des entreprises russes à refinancer leurs tombées de dette externe par de nouveaux emprunts», souligne Tatiana Orlova, stratégiste chez RBS. D’où l’importance d’une levée des sanctions.
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