La Banque d’Angleterre met en garde les porteurs d’obligations CoCos
Eclipsé par les annonces de la Banque d’Angleterre sur le crédit immobilier, l’avertissement est passé inaperçu. Pourtant, la BoE a adressé la semaine dernière dans son rapport de stabilité financière une sérieuse mise en garde aux acheteurs de CoCos ou titres additional tier one (AT1), ces obligations bancaires dont la valeur peut être effacée pour restaurer la solvabilité de l’émetteur. «Il existe un risque de voir les investisseurs sous-estimer la probabilité que les instruments AT1 puissent être forcés d’absorber les pertes», indique l’institution, en évoquant les niveaux de prix atteints sur le marché.
La Banque d’Angleterre s’interroge sur les titres à seuil de déclenchement bas (5,125% de solvabilité), niveau en dessous duquel les AT1 sont réduits à zéro ou convertis en fonds propres durs. Avant même de toucher ce seuil (trigger), une banque pourrait avoir peine à se financer sur les marchés. «Il est possible que les AT1 ne soient pas convertis assez tôt pour permettre à l’émetteur de poursuivre ses activités de manière viable», écrit la BoE.
Autre sujet de préoccupation: les conflits d’intérêt entre actionnaires et porteurs de CoCos. Les premiers sont censés mettre au pot avant les créanciers. En théorie, pour ne pas briser son trigger, la banque peut augmenter son capital ou céder des actifs. Mais avec le développement des titres hybrides, «les actionnaires existants pourraient être moins incités à injecter du capital de manière préventive, en préférant attendre qu’un seuil soit cassé et en forçant ainsi les détenteurs d’AT1 à prendre en premier les pertes.»
Enfin, la BoE juge que le manque de transparence complique la valorisation des titres. La banque centrale fait référence au pilier 2A des règles de Bâle, qui permet aux régulateurs nationaux d’accroître les besoins imposés aux banques face à certains risques. «En général, le pilier 2A n’est pas dévoilé au marché, mais il a son importance pour évaluer le risque d’annulation d’un coupon», souligne le rapport.
La Banque d’Angleterre a aussi des préoccupations plus larges. Que se passerait-il si un acteur de taille systémique ayant investi en AT1 subissait de lourdes pertes sur ce portefeuille? «Avec à l’heure actuelle une information limitée sur la base d’investisseurs, il reste difficile d’évaluer précisément ce risque pour la stabilité financière», admet la BoE. Outre-Manche, ce marché serait dominé par des hedge funds et des gérants d’actifs.
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