La Banque d’Angleterre face au risque d’un tour de vis prématuré
La Banque d’Angleterre s’apprête-t-elle à commettre une erreur de politique monétaire ? C’est tout l’enjeu de sa réunion ce jeudi. L’institution devrait remonter son taux directeur d’un quart de point, pour la première fois depuis dix ans. Dans leur majorité, les économistes anticipent cette décision qu’ils jugent pourtant prématurée. Ils ont en tête l’exemple de la zone euro, qui sait ce qu’il en coûte de durcir trop tôt sa politique. La Banque centrale européenne, présidée à l’époque par Jean-Claude Trichet, avait remonté ses taux d’intérêt en 2008, quelques semaines avant la faillite de Lehman Brothers. Elle avait récidivé trois ans plus tard, juste avant que n’éclate la crise des dettes publiques. Dans les deux cas, la BCE pensait lutter, à tort, contre un prétendu risque inflationniste.
La Banque d’Angleterre, aujourd’hui, est elle aussi prise entre deux feux. L’inflation dépasse 3% au Royaume-Uni, bien au-delà de l’objectif de la banque centrale. Elle s’explique en grande partie par la baisse de la livre sterling après le vote sur la sortie de l’Union européenne. Mais d’un autre côté, ces hausses des prix ne se transmettent pas aux salaires, malgré un taux de chômage au plus bas. L’incertitude sur les conséquences du Brexit pour l’économie britannique est par ailleurs à son comble. Enfin, l’endettement des ménages recommence à augmenter, et plus de 40% des crédits immobiliers des Britanniques sont encore à taux variable : toute hausse de taux a donc un impact direct sur le pouvoir d’achat.
Le pays pourra-t-il dès lors supporter une politique monétaire plus restrictive ? Oui, si la banque centrale se cantonne à une ou deux hausses de taux dans les prochains mois. C’est du moins l’espoir des économistes.
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