La Banque centrale européenne forcée d’intervenir en attendant le FESF
C’est à son corps défendant que la BCE a dû se résoudre à intervenir sur le marché secondaire de la dette souveraine en Europe (lire le communiqué). Mais ce pis-aller s’explique simplement: l’Europe n’a pas d’autre choix pour stabiliser ce marché capital que de faire intervenir la banque centrale de la zone euro tant que le Fonds européen de stabilité financière (FESF) ne sera pas pleinement opérationnel pour jouer ce rôle.
C’est un secret de Polichinelle que cette décision d’intervention, effective depuis lundi matin, n’est nullement consensuelle. Les représentants allemands au sein du système européen des banques centrales ont bien pris soin la semaine dernière de faire fuiter leur opposition.
Il est vrai que les traités sont très restrictifs en la matière, et n’autorisent notamment pas la BCE à prêter aux gouvernements. Ses interventions sur les marchés de la dette souveraine ont toujours été très réticentes, même dans le cas de la Grèce ou du Portugal, pourtant bénéficiaires d’un plan de sauvetage conjoint de l’Europe et du FMI.
Mais la position de la BCE a évolué d’abord en raison «des annonces faites par les gouvernements d’Italie et d’Espagne concernant les nouvelles mesures et réformes en matière de politiques budgétaire et structurelle». L’annonce par le gouvernement italien de sa décision d’avancer d’un an, à 2013, le retour à l’équilibre budgétaire a notamment été capitale.
Madrid et Rome sont fermement invités par la BCE à les mettre en œuvre sans délai. Si l’on en croit la presse italienne d’ailleurs, la BCE aurait mis les points sur les «i» s’agissant de l’Italie, dans un courrier adressé en fin de semaine dernière au chef du gouvernement, et signé de deux principaux responsables de l’institution européenne, son président Jean-Claude Trichet et Mario Draghi, qui lui succédera en novembre. Selon le Corriere della Sera, la BCE demanderait notamment à l’Italie d’accélérer la libéralisation de son économie et la privatisation des sociétés municipales, qui gèrent souvent les transports publics, la collecte des déchets, la distribution d'électricité et de gaz.
Et pour la première fois, selon le Corriere, la BCE parlerait de la nécessité de réformer le marché du travail national: «Moins de rigidité sur les contrats à durée indéterminée, interventions sur l’emploi public, modification du modèle basé sur l’extrême flexibilité des jeunes et précaires et la totale protection des autres, contrats de travail stimulant la productivité», selon les termes rapportés par le quotidien et non commentés par la BCE.
Par ailleurs, la BCE a pris acte, avant d’agir, de la détermination franco-allemande, réaffirmée dimanche, de doter à marche forcée le FESF des moyens de remplir les nouvelles missions que lui a confiées le conseil européen du 21 juillet. La BCE rappelle que le Fonds pourra intervenir «sur le marché secondaire, sur la base d’une analyse de la BCE reconnaissant l’existence de circonstances exceptionnelles sur les marchés financiers et de risques pour la stabilité financière.» Et la BCE là encore de mettre les points sur les «i»: son intervention a vocation à s’arrêter «dès qu’il [le FESF, ndlr] sera opérationnel».
C’est sur ce point que l’Europe s’est montrée ces derniers jours la plus vulnérable. Car après l’accord du 21 juillet, les analystes ont relevé d’abord que celui-ci avait besoin d’être validé par les dix-sept parlements de la zone euro. C’est donc encore une affaire de semaines, à supposer que tous le ratifient ce qui n’est pas évident, notamment en Slovaquie. Ils ont également noté que le FESF ne pourra intervenir sur le marché secondaire non pas de sa propre initiative, mais sous condition d’accord de tous les pays-membres de la zone en plus de l’aval de la BCE. De quoi alourdir et ralentir la procédure. Ils soulignent enfin que les décisions antérieures concernant le FESF, notamment le renforcement de ses moyens d’intervention à 440 milliards d’euros, n’est toujours pas effectif.
C’est pourquoi les déclarations du type de celles de François Baroin, le ministre français des Finances, assurant qu’il s’y faut aller plus loin dans les moyens à donner au FESF, «nous irons plus loin», n’ont rien pour les impressionner. D’autant plus qu’augmenter la taille du FESF conduirait l’Allemagne, qui se garde bien de corroborer les propos du ministre français, et surtout la France, à alourdir leur dette publique dans une proportion très importante. Paris courrait ainsi le risque d’exposer un peu plus sa notation «Triple A», déjà très sujette à caution chez nombre de grands investisseurs, à la menace d’une dégradation.
D’où le scepticisme des marchés, particulièrement déstabilisant ces derniers jours. La BCE achète actuellement un répit aux politiques européens. A eux de prouver qu’ils peuvent gagner la course contre la montre dans laquelle ils sont aujourd’hui engagés.
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