La baisse des prix du pétrole contrarie la stratégie de la BCE
Depuis l’annonce en juin de nouvelles injections de liquidité (TLTRO) et de programmes d’achats d’actifs (ABS et covered bonds), la BCE a réussi la première partie de son programme: faire reculer l’euro. La monnaie unique est passée de plus de 1,36 dollar le 1er juin à 1,254 vendredi, une baisse de 8%. La finalité de cette politique de change qui ne dit pas son nom n’a cependant pas été atteinte: provoquer un regain d’inflation importée en zone euro. La faute au recul concomitant des prix des matières premières, et en premier lieu du pétrole.
«Le prix des importations de la zone euro n’a pas augmenté. L’absence d’inflation importée vient largement de la baisse du prix du pétrole en dollars, qui a compensé l’effet de la dépréciation de l’euro», constate Patrick Artus, chez Natixis. En théorie, une dépréciation de 10% de la devise accroîtrait de 0,6 point le niveau des prix de la zone euro grâce au renchérissement des matières premières importées, souligne l’économiste. Mais le prix du baril de Brent, exprimé en dollars, est passé dans le même temps de 109 dollars début juin à 92 dollars à peine, soit un recul de 15%.
La stratégie de la BCE se heurte à une relation bien établie sur les marchés. Depuis 1980, «la corrélation entre le prix du pétrole en dollars et le taux de change dollar/euro est positive à toutes les périodes, sauf en 2009-2010», relève Patrick Artus. Autrement dit, lorsque le billet vert se renforce, comme aujourd’hui, le baril devient généralement meilleur marché, et vice versa. La dépréciation de l’euro organisée par la BCE pourra donc soutenir la croissance de la zone, à travers le canal des exportations, mais pas l’inflation, estime l’économiste de Natixis. De quoi pousser la banque centrale vers un assouplissement quantitatif massif.
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