Jürgen Stark, démissionnaire de la BCE, alerte sur la pérennité de la zone euro

Le chef économiste présente dans une étude des pistes pour une meilleure gouvernance budgétaire en échange d’une certaine perte de souveraineté des Etats
Violaine Le Gall

Jürgen Stark laisse un cadeau empoisonné pour son départ. Dans une étude de la BCE publiée hier, le chef économiste de la banque centrale, qui a annoncé sa démission prochaine, livre un regard très critique sur les politiques budgétaires en Europe et s’inquiète, dans ce contexte, de la pérennité de la zone euro. La «forte augmentation des déséquilibres budgétaires dans l’Union monétaire dans son ensemble», en raison de la crise financière, et «la situation extrême de certains pays risquent de saper la stabilité, la croissance et l’emploi, de même que la pérennité de l’Union économique et monétaire elle-même», écrivent Jürgen Stark et les trois co-auteurs dans cette note, qui ne représente toutefois pas les vues de l’institution.

Les derniers engagements des Etats en matière de gouvernance budgétaire, qui devraient être validés cet automne, sont «en deça de l’ambition nécessaire», estiment les auteurs. «Les réformes les plus récentes continuent de refléter le manque de volonté des Etats membres pour transférer le degré de souveraineté nécessaire pour la fixation d’objectifs macro-budgétaires au niveau européen», soulignent-ils.

Les auteurs proposent donc une réforme pour «un nouvel ordre budgétaire» dans la zone euro. D’abord, la préparation des budgets ferait l’objet d’une surveillance renforcée. Tous les déficits budgétaires prévus supérieurs à 3% du PIB devraient être approuvés à l’unanimité par les gouvernements de la zone euro. Les Etats devraient également s’engager à corriger automatiquement les dérapages passés dans les budgets suivants. Un pays faisant appel au Mécanisme de stabilité européen (MES) serait placé sous le contrôle d’administrateurs si son programme d’ajustement n'était plus respecté. Pour ces pays en difficultés, les projets de budgets et leur exécution nécessiteraient l’accord de ces nouvelles autorités.

Jürgen Stark et ses co-auteurs veulent aussi un durcissement de l’application des sanctions. Après la première année, une amende de 0,2% du PIB serait automatiquement exigée si le déficit d’un Etat dépasse 3%. Enfin, les auteurs préconisent l’indépendance des organismes nationaux produisant les prévisions et la création d’un bureau du budget européen indépendant qui évalue les politiques nationales et administre les programmes du MES.

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