JP Morgan s’offre Bear Stearns, à court de liquidités, pour 2 dollars par titre
«0,005473 action JP Morgan contre une action Bear Stearns», soit le titre de cette dernière valorisée à 2 dollars. C’est ce que propose JP Morgan pour racheter Bear Stearns. Cette offre représente ainsi 7% du dernier cours de l’action enregistré vendredi. Si l’on compare cette offre à la valeur du titre Bear Stearns en début d’année dernière, au-delà de 170 dollars par titre, on prend alors toute la mesure des effets de la crise actuelle sur les banques et autres sociétés financières.
Pour autant, loin d’apparaître comme un prédateur qui aurait saisi là une belle opportunité, JP Morgan revêt plus ici le costume du sauveur. Cette opération se réalise en effet en concertation avec la Réserve fédérale américaine et le Trésor américain, qui tranche avec la désunion au Royaume-Uni lors du plan de sauvetage de Northern Rock. Le PDG actuel de Bear Stearns, Alan Schwartz, ne dit d’ailleurs pas autre chose lorsqu’il déclare à ses actionnaires qu’il s’agit là de «la meilleure issue possible dans les circonstances actuelles».
Il faut dire que la banque d’Alan Schwartz était dans une situation délicate, en manque de liquidités et très exposée aux crédits à risque. Aussi le directeur financier de JP Morgan, Michael Cavanaugh, a-t-il précisé que la banque qu’il proposait de racheter encourrait une exposition de 16 milliards de dollars pour des titres adossés à des créances immobilières, 15 milliards de dollars pour des hypothèques Alt-A, et 2 milliards de dollars liés au Subprime.
De fait, bien que son offre valorise Bear Stearns à 236 millions de dollars, JP Morgan évalue l’ensemble du coût d’intégration de son ancienne concurrente à 6 milliards de dollars, en tenant compte des ruptures de contrats, de l’assainissement comptable ou des possibles poursuites judiciaires.
Au-delà de son aspect singulier, cette opération inquiète les investisseurs, qui commencent à s’interroger sur la qualité des actifs et la valorisation des autres banques. En effet, comme le souligne Timothy Ghriskey, responsable des investissements chez Solaris Asset Management, «le fait que le conseil d’administration de Bear Stearns laisse ses actifs partir ainsi au rabais pose des questions sur la valeur des actifs de nombreux bilans comptables», avant d’ajouter que «le principal souci, compte tenu du rabais dont bénéficie JP Morgan pour acquérir Bear Stearns, c’est quelles autres institutions financières ont de la valeur dans l’environnement actuel ?»
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