Jean Tirole obtient le prix Nobel d'économie
Le Français Jean Tirole, âgé de 61 ans, s’est vu décerner, ce lundi 13 octobre, le prix Nobel d'économie 2014 pour ses travaux sur le fonctionnement et la régulation des marchés, a annoncé l’Académie royale des sciences de Suède. «Jean Tirole est l’un des économistes les plus influents de notre temps», a estimé l’académie qui souligne sa contribution pour comprendre l’organisation des entreprises et la concurrence. Président de la Toulouse School of Economics (TSE), Jean Tirole est diplômé de Polytechnique et titulaire d’un PhD du MIT. Auteurs de plusieurs travaux sur la régulation des banques, il avait aussi proposé en 2003, avec Olivier Blanchard, de créer un contrat de travail unique et de moduler les contributions des entreprises à l’assurance chômage en fonction de leur taux de recours au licenciement.
Fils d’un médecin et d’une professeure de lettres, Jean Tirole voit dans les mathématiques le moyen de résoudre des problèmes techniques complexes. Professeur à Polytechnique, il a obtenu la médaille d’or du CNRS en 2007. Avant lui, un seul économiste français, Maurice Allais, a eu cet honneur en 1978, dix ans avant sa consécration par les jurés de Stockholm. En 1993, Jean Tirole a reçu, avec son collègue et ami Jean-Jacques Laffont, le prix Yjrö Jahnsson de l’Association européenne d'économie.
Selon l’Académie, les travaux de Jean Tirole ont montré que la régulation des marchés devait être soigneusement adaptée à l’environnement de chaque secteur plutôt que de reposer sur des mesures générales comme les limitations de prix, qui peuvent faire plus de mal que de bien. Pour Staffan Normark, secrétaire permanent de l’Académie royale suédoise des Sciences, le thème honoré par les jurés suédois cette année porte sur la façon de «dompter les grands groupes puissants» dans des secteurs auparavant dominés par des monopoles publics.
La concurrence et l’information sont deux des thèmes centraux sur lesquels a oeuvré Jean Tirole. Il a notamment éclairé l’existence d’informations asymétriques, une réalité différente du postulat de concurrence pure et parfaite avancée par les penseurs néoclassiques. Il a poursuivi sa réflexion sur les règles du jeu qui peuvent inciter les monopoles à devenir plus efficaces, à limiter leur position dominante qui biaise la formation des prix et le choix des biens. A travers ses livres et articles, Jean Tirole a élaboré une réglementation des industries de réseaux (télécommunications, électricité, train….), livré les clés pour comprendre les bulles financières. Dans sa longue liste d’ouvrages, celui sur l’organisation des entreprises et la concurrence, traduit en six langues (The Theory of Industrial Organization), s’est imposé comme la référence.
Il revisite également le fonctionnement du marché de l’emploi. En 2003, il préconise dans le rapport sur«La protection de l’emploi», écrit avec l'économiste en chef du FMI, Olivier Blanchard, pour le Conseil d’analyse économique (CAE), l’instauration d’un ... contrat unique à la place des CDI et CDD. Un sujet qui n’a pas convaincu l’opinion française lorsqu’elle fut proposée par le gouvernement d’alors. Un détail d’importance, Jean Tirole recommande aussi de moduler la contribution des entreprises à l’assurance chômage en fonction de leur recours aux licenciements.
En marge des sujets classiquements économiques, il a mené des travaux très poussés avec Jean-Jacques Laffont, dans les années 1990 sur les doits d’émission de CO2 et les conditions d’émergence d’un prix mondial. Dans le domaine de la banque, il a montré dès le début des années 2000, les risques que posaient l’écart des maturités entre les prêts accordés par une banque et les fonds qu’elle a collectés (maturities mismatch).
Jean Tirole n’est pas seulement, loin de là, le fruit du formatage académique des élites françaises. Après avoir soutenu un doctorat en France, il part à l’assaut d’un PhD au MIT. En 1981, diplôme en poche, il revient en France. Mais la lourdeur du système français, le manque de moyens l'éloigne de nouveau. Professeur au MIT pendant sept ans, il renconrte les plus grands noms de la pensée économique (Paul Samuelson, Robert Solow, Franco Modigliani …). En 1991, Jean-Jacques Laffont l’associe à son projet d’imposer Toulouse-I parmi les grandes universités mondiales. Un Institut d'économie industrielle (IDEI) est créé, grâce notamment aux ressources financières trouvées auprès d’entreprises. Un esprit entrepreneurial précurseur.
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