«Il n’est pas évident que l’inflation européenne baisse beaucoup plus»
- L’Agefi : Quel sera l’impact du programme annoncé par la Banque centrale européenne (BCE) au début du mois ?
- Benjamin Melman : On peut discerner trois canaux de transmission qui concourent à un certain optimisme. Le premier est la baisse des taux réels. Dans un contexte où l’inflation flirte avec le zéro et où la reprise n’est pas au rendez-vous, leur baisse permet a minima aux débiteurs de contenir la trajectoire de leur dette. Secundo, le gonflement du bilan de la BCE pèsera sur l’euro au même titre que la hausse du bilan de la Fed et de la Banque du Japon a pesé sur le dollar et le yen. On estime qu’une baisse de 10% du taux de change effectif de l’euro peut doper la croissance entre 0,2% et 0,6% à un horizon d’un an selon le modèle retenu. Le troisième canal vise à convaincre les banques à retrouver le chemin du crédit en dégonflant leurs bilans via les achats d’ABS et de covered bonds. Plus la phase de recapitalisation des banques approchera de son terme, plus cette action aura des chances de fonctionner. Si ces trois canaux ont leurs mérites, c’est l’évolution de l’euro qui retiendra le plus l’attention, ne serait-ce que parce que ses effets seront plus rapides et mesurables que les deux autres.
- Pensez-vous que la BCE finira par lancer un assouplissement quantitatif (QE) ?
- La BCE ne se lancera dans un QE que si l’inflation continue de se replier ou bien si l’activité n’est pas mieux orientée dans quelques trimestres. Il est clair que la BCE ne souhaite pas utiliser cette option mais elle souhaite encore moins voir l’Europe sombrer dans la déflation. Il est toutefois loin d’être évident que l’inflation européenne baisse beaucoup plus à ce stade.
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