Il ne faut pas surestimer la volonté de la Fed d’ancrer les taux longs
L’Agefi : la Fed a-t-elle la solution pour ramener rapidement les taux longs à des niveaux plus soutenables ?
Laurent Bilke : Il ne faut pas surestimer la volonté de la Fed d’ancrer les taux longs. Pour partie, la hausse récente est due à une normalisation des anticipations d’inflation de long terme qui étaient à un niveau anormalement bas. Elle est aussi imputable à une inquiétude à l’égard des déficits publics. Ben Bernanke a clarifié que la Fed ne souhaitait pas nécessairement aller à l’encontre de ces évolutions. En clair, le niveau actuel des taux longs n’est pas jugé insoutenable. Sur le papier, la Fed peut toujours annoncer de nouveaux rachats si l’ascension des taux longs devenait aberrante du point de vue des fondamentaux économiques.
La BCE ne cesse de rappeler son mandat sur l’inflation. Cela ne risque-t-il pas de limiter le recours à des mesures non conventionnelles ?
Le problème, ce n’est pas le mandat, parce qu’il n’y a pas de contradiction entre lutter contre l’inflation et soutenir la croissance. Sauf en cas de choc durable sur les matières premières. Il peut toutefois arriver à la BCE de confondre un choc temporaire sur les matières premières, sur lequel elle devrait fermer les yeux, avec un choc durable qui requiert une intervention, comme lorsqu’elle a augmenté les taux mi-2008. Mais c’était une erreur d’analyse plus qu’un problème de mandat. La BCE a choisi de limiter son champs d’intervention aux banques, elle leur prête dans des conditions exceptionnelles et achète leur dette. Ce n’est pas une mauvaise stratégie, en tout cas pas moins efficace que d’acheter des titres publics, ce qui n’a qu’un effet très indirect sur l’économie, surtout en Europe.
Plus d'articles du même thème
-
Les banquiers centraux ne veulent plus donner d’indications prospectives
Le principal panel du Forum de Sintra 2026 a tout de même été l’occasion pour Christine Lagarde (BCE) comme pour Kevin Warsh (Fed) de reconnaître un recul des anticipations d’inflation depuis leurs dernières réunions monétaires. Sans pour autant faire bouger les anticipations de hausses de taux. -
Un consortium comprenant BlackRock, Visa et Mastercard lance un nouveau stablecoin
Plus de 140 sociétés se sont réunies au sein d'Open Standard, un groupe avec une gouvernance collaborative ayant pour objectif de distribuer un stablecoin en dollar. -
Google est condamné à payer près de 2 milliards de dollars à Klarna
La justice suédoise estime que Google a, pendant de nombreuses années, abusé de sa position dominante sur le marché de la recherche en ligne. Le groupe pourrait faire appel de cette décision. -
La banque verte achète à Worldline ses parts dans leur coentreprise de paiement CAWL
Le partenariat signé en 2024 se poursuit et reste stratégique. Depuis, la banque est aussi devenue un des plus gros actionnaires du spécialiste du paiement avec plus de 10% de son capital. -
Amarris muscle son bilan pour poursuivre la consolidation en s'émancipant des plateformes techs
Moins d'un an après l'entrée de Naxicap Partners à son capital, le groupe mariligérien lève 39 millions d'euros supplémentaires pour poursuivre sa stratégie de croissance externe sur le marché de l'expertise comptable. -
Les marchés de capitaux s’orientent vers un millésime 2026 hors norme
Les Etats-Unis, alimentés par les cotations et des levées de fonds historiques dopées à la tech, dominent plus que jamais le marché mondial des capitaux qui progresse de 62 % à 610 milliards d’euros. En Europe, les IPO peinent à transformer l’essai. Les convertibles signent leur résurrection.
ETF à la Une
KBC AM dévoile trois ETF Ucits
- Malakoff Humanis visé par une enquête du PNF sur la sélection de ses gérants
- Amundi dévoile sa stratégie pour devenir un géant d'Asie
- La guerre en Iran relance l’intérêt des obligations indexées sur l’inflation
- Léa Dunand-Chatellet prend la direction générale de Mirova
- La cotation de SpaceX bouscule la gestion passive
Contenu de nos partenaires
-
Tribune libreFrance-Allemagne : retraites, réforme et révolution
La différence avec la France vient surtout de l’existence d’une éthique de la discussion très ancrée, au niveau politique et parlementaire, comme au niveau des partenaires sociaux et des entreprises -
EtalonnageConsensus politique et transition longue : la recette du passage à la retraite à 67 ans en Allemagne
Berlin a acheté la paix en mettant en place un départ anticipé pour carrière longue, dispositif coûteux aujourd'hui remis en cause. -
Vérité d'un côté du Rhin ne l’est pas au-delà
Retraites : le grand fossé franco-allemand
Le chancelier allemand Friedrich Merz dit vouloir appliquer l'intégralité des recommandations de la commission d'experts qu'il a mandatée. Une réforme ambitieuse qui contraste avec le blocage français