«Il est urgent de mettre en place des facilités de prêts»
- L’Agefi : Le marché obligataire est-il assez profond pour les ambitions de QE de la BCE ?
- Frédérik Ducrozet : Il y a beaucoup de confusion entre stocks et flux. L’encours de dette publique éligible au QE dépasse 4.500 milliards d’euros et la BCE prévoit d’en acheter environ 750 milliards; ce ratio (17%) est comparable au QE3 de la Fed. En revanche, en termes de nouvelles émissions (nettes des remboursements et coupons), le ratio d’achats de la BCE se rapproche des 200%, très supérieur aux programmes américains (moins de 50%). Les craintes d’indigestion sont donc liées au contexte budgétaire (manque d’émissions), mais aussi aux modalités inédites du QE à l’européenne, notamment la répartition par pays biaisée vers les pays core et la limite de 25% de rachats par souche. Ces contraintes ne sont pas insurmontables, mais sont amplifiées par la régulation, l’environnement de taux négatifs et l’absence d’alternatives pour les investisseurs qui ont la flexibilité de diversifier leurs portefeuilles.
- De quelles solutions alternatives dispose-t-elle ?
- La BCE peut exploiter davantage la flexibilité du QE, en commençant par élargir les «actifs de substitution» qui permettent d’atteindre les cibles de rachats, vers des titres d’agences voire vers d’autres marchés et d’autres pays. Surtout, la limite de 25% par souche pourrait à terme être levée, au moins pour les pays notés AAA. En revanche, nous ne croyons pas à une baisse du taux de la facilité de dépôt qui pourrait s’avérer contre-productive. Enfin, il est urgent de mettre en place des facilités de prêts pour remettre une partie des titres en circulation dans des conditions avantageuses et limiter les effets sur la liquidité.
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