Grèce, portée et limites d’un accord
L’accord de la nuit de mercredi à jeudi sur la Grèce vise à coordonner les efforts de toutes les parties, publiques et privées, pour alléger le fardeau de la Grèce pour le ramener à 120 points de PIB dici 2020, de façon à ce que les efforts de redressement budgétaire d’Athènes permettent au pays de revenir se financer avant cette date sur les marchés du crédit.
Trois moyens principaux sont utilisés pour parvenir à l’objectif:
- un abandon de 50% des ses créances sur la Grèce sans limitation de temps demandé au secteur privé; la conséquence sera, pour les banques européennes une recapitalisation de 106 milliards d’euros à réaliser avant le 30 juin 2012, dont 8,8 pour les banques françaises.
- l’octroi de 130 milliards d’euros de prêts par les gouvernements de la zone euro et le FMI;
- la mise en œuvre du fameux Fonds européen de stabilité financière (FESF), dont la puissance sera multipliée par «4 ou 5» pour reprendre l’expression d’Angela Merkel. Il s’agit d’atteindre une capacité d’intervention au moins supérieure à 1.000 milliards d’euros, contre environ 250 aujourd’hui.
C’est la partie la plus nébuleuse de l’accord. Apparemment, les deux options dont il était question depuis quelques jours, options non exclusives d’ailleurs, demeurent sur la table:
- la transformation du FESF en un assureur, destiné à garantir partiellement (le pourcentage de garantie n’a pas été précisé cette nuit) les futures émissions de dettes des pays en difficulté. Etant exposés à un risque de perte moins élevé, les investisseurs pourraient être incités à investir davantage;
- l’adossement du fonds à un véhicule d’investissement dédié à la dette souveraine des Etats européens en difficulté, dans lequel le FESF serait associé à des intérêts étrangers, notamment chinois. Nicolas Sarkozy en discutera avec Hu Jintao, tandis que le patron du FESF Klaus Regling s’envole pour Pékin aujourd’hui. D’autres pays émergents sollicités semblent moins enclins à participer, comme le Brésil.
Parmi les autres éléments importants de la nuit figure la déclaration de Mario Draghi, qui prend le 1er novembre les fonctions de président de la BCE. Il a assuré que celle-ci continuerait à intervenir sur le marché secondaire de la dette des Etats européens en difficulté. Mais il a bien précisé que cette intervention conserverait un caractère temporaire, et était effectuée dans une perspective monétaire et non de soutien fiscal. Ce faisant, Mario Draghi se situe dans la droite ligne de Jean-Claude Trichet. Néanmoins, cette déclaration devrait contenir à soutenir les marchés ce matin.
Les écueils possibles sont de trois ordres:
De marchés:
Ceux-ci pourraient réagir s’ils jugent que le compte n’y est pas ou s’ils exigent des détails trop rapidement. Les sommes en cause sont convaincantes sur le papier, mais l’accord annoncé est extrêmement imprécis, surtout du point de vue des investisseurs. Or ceux-ci, on l’a vu, ne sont pas patients.
Techniques:
- les difficultés de mises en œuvre abondent : il faut désormais aller vite, et notamment que le FESF, voté par tous les Parlements, soit opérationnel dans les meilleurs délais.
- La nature et la fonction du véhicule d’investissement nouveau doivent être clairement précisées. Les ministres des finances vont maintenant le ficeler techniquement. Il faut notamment savoir quels types d’investisseurs pourront être présents dans ce fonds (publics, privés, le FMI ?...), et quelles garanties leur seront données pour les séduire. Seront-ils privilégiés par rapport à d’autres investisseurs et faut-il craindre des effets pervers sur le marché de la dette ?
- Quelle gouvernance enfin aura ce fonds ? Autrement dit, quelles contreparties les investisseurs souverains, notamment les Chinois, exigeront-ils pour y participer? Il y a là une question de souveraineté cruciale pour l’Europe.
Restent les difficultés politiques:
- Il faut qu’Athènes donne des signes rapides de redressement budgétaire; avec une dette d’encore 120% de leur richesse nationale sur les épaules, les Grecs ont un énorme effort à fournir. La réalisation du programme de privatisations sera crucial.
- Il faut aussi que l’Italie, qui n’a donné hier que de vagues garanties de réformes, les engage rapidement pour réduire le fardeau de sa dette qui atteint aussi 120 points de PIB;
- Il faut enfin que les autres pays européens, sans exclure la France, accélèrent la réforme de leurs finances publiques pour dégager des marges de manœuvre les mettant à l’abri des décisions des agences de notation;
- Quant à la zone euro, elle devra assumer politiquement ses choix, ce qui signifie une réforme résolue de sa gouvernance.
Cela fait encore un sacré programme !
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