Fed : le débat s’aiguise sur la hausse des taux

Le rythme d’amélioration du marché du travail au deuxième trimestre a surpris l’institution
Yves-Marc Le Réour
Janet Yellen, présidente du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale des États-Unis - Photo DR
Janet Yellen, présidente du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale des États-Unis - Photo DR  - 

Contrairement à l’Europe confrontée au risque de déflation, ce sont les conséquences de l’amélioration de l’activité outre-Atlantique qui font désormais débat au sein du comité de politique monétaire (FOMC) de la Réserve fédérale, montrent les minutes de leur dernière réunion tenue fin juillet. Si l’institution s’est montrée surprise par le rythme d’amélioration du marché du travail au deuxième trimestre, elle entend prendre son temps pour relever le taux des fonds fédéraux (Fed funds), proche de zéro depuis fin 2008.

La plupart des gouverneurs ont jugé que «la probabilité d’une inflation restant durablement en dessous de l’objectif de 2% a diminué». Beaucoup d’entre eux se montrent néanmoins encore insatisfaits du niveau actuel du marché de l’emploi. Mais, nuance le rapport, «de nombreux membres ont constaté que si la convergence par rapport aux objectifs d’inflation et de plein emploi du comité devait avoir lieu plus rapidement que prévu, il conviendrait alors de rendre la politique monétaire moins accommodante dans un délai plus court qu’anticipé par le marché.» Selon l’enquête réalisée en juillet auprès des Primary Dealers, les opérateurs de marché continuent en moyenne de tabler sur un relèvement des Fed funds «dans le courant du troisième trimestre 2015».

Une voix discordante s’est élevée en la personne de Charles Plosser, président de la Fed de Philadelphie, partisan d’un biais plus restrictif de la politique monétaire. Contrairement aux neuf autres membres votants du FOMC, il a jugé que le fait de maintenir le taux des Fed funds à son niveau actuel pendant une longue période après la fin du programme de rachat d’actifs «pouvait entraîner un risque de volatilité au sein des marchés financiers, voire de l’économie, si le comité met en œuvre une stratégie moins accommodante plus rapidement qu’attendu par les marchés financiers».

Le FOMC a poursuivi la réduction de son programme de rachat de titres en juillet, à hauteur de 10 milliards de dollars pour le sixième mois d’affilée. La plupart des gouverneurs soutiennent l’idée de réduire le bilan de la Fed lorsque le taux directeur sera relevé, mais sans vendre les MBS (titres hypothécaires). Ils estiment également que le taux principal à utiliser lors du relèvement des Fed funds sera celui de la rémunération des réserves excédentaires (Iofer), le reverse repo (RRP) servant à fixer le taux plancher. Mais celui-ci «devra être abandonné lorsqu’il aura cessé de remplir sa fonction».

Ces minutes devraient donner le ton du discours de la présidente de la Fed, Janet Yellen, à l’occasion du symposium annuel des principaux banquiers internationaux demain à Jackson Hole dans le Wyoming. Selon Phil Orlando, stratégiste en chef chez Federated Investors, ce discours devrait conserver un biais accommodant. «Etant donné que l’on ne constate pas une amélioration de l’ensemble des indicateurs économiques et qu’il n’y a pas de surchauffe inflationniste, cela laisse encore une marge de manœuvre pour un comportement prudent de la Fed», commente t-il. Le dernier rapport du Département du travail américain a fait état d’une hausse moyenne de 2% du salaire horaire en juillet d’un an sur l’autre, ce qui correspond au taux moyen enregistré au cours des cinq dernières années, alors qu’il dépassait 3% fin 2007.

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