Europe financière, six semaines chrono
L’Europe a l’habitude des marathons, beaucoup moins des sprints. A considérer les dossiers que l’Union doit tenter de résoudre, c’est pourtant une course de vitesse qui est engagée et doit, sur plusieurs aspects clés de sa politique financière, être gagnée avant la fin de l’année. Le rendez-vous est fixé au Sommet européen de mi-décembre. Après quoi, en 2019, les élections européennes et le changement de personnel qui en résulteront à tous les étages de la maison Europe seront trop proches pour que la Commission, dont le mandat expire en octobre prochain, ait encore le temps d’agir. Sans même parler du Brexit, énorme point d’interrogation posé sur le continent tout entier et dont les conséquences la concerneront aussi, la finance attend essentiellement de savoir dans quel état d’avancement deux projets-phares de la présente Commission sortiront de 2018 : l’Union des marchés de capitaux (CMU) et l’Union bancaire.
Côté français, on se veut résolument optimiste, à l’image du ministre Bruno Le Maire qui estime que tous deux peuvent être bouclés « avant Noël ». En privé, nombre d’officiels français jugent, devant le peu d’avancées concrètes récentes, qu’il s’agit là d’un classique recours à la Méthode Coué ; et en public, certains hauts responsables d’institutions-clés de l’Union se montrent beaucoup plus prudents. C’est ainsi le cas d’Elke König, la présidente du Fonds de résolution unique (FRU), bras armé du Mécanisme de résolution unique et pilier de l’Union bancaire (lire notre rubrique Les invités, page 6). Si elle se déclare relativement confiante quant à la possibilité de boucler les derniers arbitrages touchant le FRU, touchant surtout au degré de liberté laissé aux autorités nationales, elle l’est beaucoup moins s’agissant de l’adoption d’un régime collectif de garantie des dépôts à propos duquel l’Allemagne, notoirement, traîne les pieds. Plus enlisé encore apparaît le dossier de la CMU : si des progrès certains ont été réalisés sur certains aspects, comme la finance durable, d’autres, comme la persistante fragmentation des marchés européens, qui ne manquera pas d’être aggravée par le Brexit, et l’absence totale de consensus sur le renforcement des pouvoirs de leur régulateur, l’Esma, sont en jachère.
Pour espérer qu’un consensus minimal soit trouvé à temps sur ces deux volets cruciaux de l’intégration financière de l’Union, il faut la foi du charbonnier. Pourtant, rien ne dit que l’an prochain, après le départ des Britanniques qui furent de grands promoteurs de ces réformes, le futur Parlement, qui comptera à coup sûr dans son sein une plus forte proportion de populistes, leur accordera la même priorité qu’aujourd’hui. Engranger des résultats avant la date, symbolique mais fatidique, de la fin de l’année, ne doit pas être tenu pour impossible car aucun responsable politique ne peut méconnaître le risque de l’immobilisme politique qui menace. Il y a là un levier puissant que le gouvernement français a raison d’actionner. Il est des situations où l’activisme est la seule attitude réaliste.
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