«En renonçant à intervenir sur le marché des changes, la BCE s’est privée d’une arme»
- L’Agefi : Jusqu’où la Banque centrale européenne (BCE) peut-elle faire baisser l’euro face au dollar ?
- Eric Bourguignon : La BCE a choisi de peser sur le cours de l’euro de manière indirecte en procédant notamment à une nouvelle baisse de ses taux directeurs. Elle peut par ce biais conduire la monnaie européenne vers le niveau de 1,25 contre dollar. Mais l’incertitude attachée à cette prévision est élevée car la politique de change de la BCE risque d’être contrariée par les entrées massives de devises dues à l’excédent de la balance des transactions courantes de la zone, et les mouvements spéculatifs. En renonçant, contrairement à la Banque de Suisse ou la Banque de Chine, à intervenir directement sur le marché des changes pour faire baisser sa monnaie, la BCE s’est privée d’une arme qui lui aurait permis de piloter le cours de l’euro plus efficacement.
- Quel est l’impact des décisions de la BCE sur le taux plancher suisse ?
- Nous ne pensons pas que les récentes décisions de la BCE conduiront à une modification du taux plancher suisse. Fixé à 1,20 contre euro depuis 3 ans, ce taux semble en effet satisfaire l’ensemble des acteurs économiques et politiques du pays. Il constitue en particulier un soutien apprécié du secteur exportateur qui ne souhaite pas le voir remis en cause. Par ailleurs, au moment où l’activité ralentit fortement en Suisse, avec une croissance de 0% au second trimestre, et où les perspectives pour 2015 s’assombrissent, la banque nationale suisse (SNB) sera probablement encouragée à opter pour le statu quo, et cela d’autant plus que le risque d’une surchauffe du marché immobilier semble s’éloigner.
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