En France les relations entre décideurs publics et groupes d’intérêts sont peu encadrées
A ce jour, l’encadrement des relations entre décideurs publics et représentants d’intérêts est quasiment inexistant en France, à l’exception notable de l’Assemblée nationale, explique Transparency international France dans une étude publiée en février 2015, « Transparence et intégrité du lobbying, un enjeu de démocratie - Etat des lieux citoyen sur le lobbying en France », volet français d’un projet financé par la Commission européenne, conduit parallèlement dans 19 pays européens.
« Alors que les budgets et moyens consacrés au lobbying sont croissants, que celui-ci intervient à tous les stades des processus de décision et à tous les niveaux (européen, national, local), Transparency France appelle le Gouvernement, les collectivités locales, le Parlement et l’ensemble des lieux de la décision publique à se doter de règles ambitieuses tant à destination des représentants d’intérêts que des décideurs publics. Ces règles doivent permettre de favoriser la transparence, l’intégrité et l’équité d’accès des acteurs de la société aux décideurs publics et préserver ainsi l’intérêt général », souligne les auteurs du rapport.
Alors que la question du lobbying est souvent traitée de manière restrictive en se limitant aux seuls lobbyistes ou, pour les instances publiques, au seul Parlement et à la création d’un registre et de badges d’accès, Transparency France rassemble un ensemble de données pour fournir aux citoyens un état des lieux global sur le lobbying en France.
Suivant une méthodologie commune aux 19 pays participants, cette étude évalue la réglementation nationale au regard des principes de traçabilité de la décision publique, d’intégrité des pratiques des lobbyistes et des décideurs publics et d’équité d’accès aux processus de décision publique. Pour chacun de ces principes, l’association formule des recommandations précises (cf. annexe).
A travers une analyse de la situation historique, sociopolitique et juridique nationale, cette étude permet également de mieux comprendre les raisons des réticences françaises à reconnaître la réalité du lobbying et à prendre des mesures pour l’encadrer.
Enfin, trois études de cas illustrent les dérives potentielles d’un lobbying non régulé et les risques qu’elles représentent pour la société : lobbying exercé autour de la loi de séparation des activités bancaires, pratiques de lobbying dans le secteur du tabac, lobbying autour du Mediator. Afin de valoriser les meilleures pratiques, le rapport présente aussi des exemples d’initiatives prometteuses comme le fait d’inscrire le lobbying dans les politiques de responsabilité sociétale.
Au cours des six dernières années, Transparency France a pu en effet constater que les représentants d’intérêts, en particulier les entreprises, prennent de plus en plus conscience de la nécessité de réformer leurs pratiques de lobbying vers plus de transparence. A l’inverse, les décideurs publics, à quelques rares exceptions, peinent à se doter de règles pour eux-mêmes alors même que leur mandat s’effectue sur fonds publics, au nom des citoyens et de l’intérêt général.
Comme le souligne Anne-Marie Ducroux, administratrice de Transparency International France, « dans un contexte de fortes tensions sur les budgets publics, de confiance dégradée envers les décideurs publics et les acteurs économiques, il est aujourd’hui essentiel de clarifier les relations entre décideurs publics et représentants d’intérêts dans l’ensemble des lieux où se forgent les décisions publiques (Élysée, ministères, administrations centrales, autorités publiques indépendantes, collectivité locales…). »
Transparency France appelle à l’adoption par toutes ces institutions de règles ambitieuses tant pour les représentants d’intérêts que pour les décideurs publics. L’enjeu est de prévenir des décisions répondant plus à des intérêts particuliers qu’à l’intérêt général et ainsi créer les conditions de la confiance des citoyens dans la décision publique nécessaire à un bon fonctionnement démocratique.
Une étude européenne, compilant et comparant les résultats des 19 études nationales, sera publiée début 2015 par le secrétariat international de Transparency International.
Plus d'articles du même thème
-
KNDS reporte son introduction en Bourse
Le fabricant d’armes franco-allemand met en pause son projet de cotation à Paris et Francfort en raison des conditions de marché. -
Les banquiers centraux ne veulent plus donner d’indications prospectives
Le principal panel du Forum de Sintra 2026 a tout de même été l’occasion pour Christine Lagarde (BCE) comme pour Kevin Warsh (Fed) de reconnaître un recul des anticipations d’inflation depuis leurs dernières réunions monétaires. Sans pour autant faire bouger les anticipations de hausses de taux. -
Un consortium comprenant BlackRock, Visa et Mastercard lance un nouveau stablecoin
Plus de 140 sociétés se sont réunies au sein d'Open Standard, un groupe avec une gouvernance collaborative ayant pour objectif de distribuer un stablecoin en dollar. -
Google est condamné à payer près de 2 milliards de dollars à Klarna
La justice suédoise estime que Google a, pendant de nombreuses années, abusé de sa position dominante sur le marché de la recherche en ligne. Le groupe pourrait faire appel de cette décision. -
La banque verte achète à Worldline ses parts dans leur coentreprise de paiement CAWL
Le partenariat signé en 2024 se poursuit et reste stratégique. Depuis, la banque est aussi devenue un des plus gros actionnaires du spécialiste du paiement avec plus de 10% de son capital. -
Amarris muscle son bilan pour poursuivre la consolidation en s'émancipant des plateformes techs
Moins d'un an après l'entrée de Naxicap Partners à son capital, le groupe mariligérien lève 39 millions d'euros supplémentaires pour poursuivre sa stratégie de croissance externe sur le marché de l'expertise comptable.
ETF à la Une
KBC AM dévoile trois ETF Ucits
- Malakoff Humanis visé par une enquête du PNF sur la sélection de ses gérants
- Amundi dévoile sa stratégie pour devenir un géant d'Asie
- La guerre en Iran relance l’intérêt des obligations indexées sur l’inflation
- Léa Dunand-Chatellet prend la direction générale de Mirova
- La cotation de SpaceX bouscule la gestion passive
Contenu de nos partenaires
-
Tribune libreFrance-Allemagne : retraites, réforme et révolution
La différence avec la France vient surtout de l’existence d’une éthique de la discussion très ancrée, au niveau politique et parlementaire, comme au niveau des partenaires sociaux et des entreprises -
EtalonnageConsensus politique et transition longue : la recette du passage à la retraite à 67 ans en Allemagne
Berlin a acheté la paix en mettant en place un départ anticipé pour carrière longue, dispositif coûteux aujourd'hui remis en cause. -
Vérité d'un côté du Rhin ne l’est pas au-delà
Retraites : le grand fossé franco-allemand
Le chancelier allemand Friedrich Merz dit vouloir appliquer l'intégralité des recommandations de la commission d'experts qu'il a mandatée. Une réforme ambitieuse qui contraste avec le blocage français