Echec au roi Poutine

Philippe Mudry

La crise du rouble était patente dès le début de la crise ukrainienne. L’effondrement des prix du pétrole l’a certes nourrie.

Mais après la décision de laisser flotter la devise fin novembre, le contrôle de la situation a échappé à la banque centrale russe. Hier, sa décision de propulser les taux à 17% n’a fait que précipiter la déroute du rouble, portant à 30% son recul contre dollar en décembre.

A ce niveau, faute d’un redressement immédiat, Moscou n’a pour option que de relever encore ses taux, brûler sans profit ses réserves de devises, ou rétablir un contrôle des changes au risque d’achever de ruiner la confiance.

D’ores et déjà, les Russes ont pour horizon une poussée d’inflation à deux chiffres et une récession. La banque centrale l’évalue à 4,5% du PIB voire pis en 2015. Défaillances d’entreprises et chômage seront au menu.

Désormais à la tête d’une économie largement coupée des marchés internationaux, ce qui pend au nez de l’autocrate russe, c’est une vraie crise bancaire. La défiance à l’égard de la monnaie et la déroute économique pourraient, au premier choc, la déclencher.

Pour sanctuariser la Crimée et un morceau du Donbass, Poutine a pris le risque d’étrangler son économie tout en consentant à la Chine, pour cause d’urgence financière, des avantages en Sibérie dont il ne s’affranchira pas de sitôt.

C’est cette erreur qui vaut aujourd’hui au joueur du Kremlin cet échec au roi. Il ne tient qu’à lui, en s’obstinant, d’être mis échec et mat.

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