Des matières premières au système monétaire international, le G20 Finances temporise
Le G20 avance à petit pas. Les ministres des Finances et les gouverneurs de banques centrales du G20, réunis à Paris vendredi et samedi, ont certes trouvé un compromis sur des indicateurs pour mesurer les déséquilibres économiques (lire ci-dessus). Mais ils ne sont pas parvenus à s’entendre sur les autres dossiers à l’ordre du jour. «Le consensus a été plus difficile à obtenir qu’au plus fort de la crise financière», a commenté le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn.
La régulation des marchés de matières premières et la réforme du système monétaire international (SMI), priorités de la présidence française, n’ont pas connu d’avancée concrète. Sur le premier dossier, certains pays émergents, comme le Brésil, affichent leurs réticences. Les participants attendent plusieurs rapports pour poursuivre leurs discussions. Sur le second, un programme de travail est prévu pour étudier les mesures à prendre face aux «flux de capitaux potentiellement déstabilisateurs» et pour réfléchir au rôle des droits de tirage spéciaux (DTS). Le secrétaire au Trésor américain Tim Geithner a réitéré ses griefs à l’encontre de la politique de taux de change de la Chine. «La monnaie chinoise reste substantiellement sous-évaluée et son taux de change effectif réel n’a pas beaucoup bougé depuis sa réforme», a-t-il déclaré. Un séminaire sur le SMI aura lieu en Chine fin mars. «Le SMI ne va pas être refait en un jour, ni même en un an», a reconnu Christine Lagarde.
En matière de régulation financière, les ministres des Finances ont réitéré leur engagement à mettre en œuvre les réformes déjà engagées (normes de Bâle 3, encadrement des pratiques de rémunération, réduction de la dépendance aux agences de notation, etc.). Et ils ont souhaité aboutir sur la supervision des établissements financiers d’importance systémique (SIFIs) en novembre. Plusieurs outils sont envisagés pour accroître leur capacité d’absorption des pertes: surcharges en capital, instruments de capital contingent ou de bail-in, etc. «Il y a toujours une discussion sur les instruments concrets, je pense qu’on finira avec une approche large», a dit Axel Weber, le président de la Bundesbank. Enfin, d’autres travaux restent en suspens, comme la supervision du système bancaire non régulé. Le Conseil de stabilité financière doit faire des recommandations sur le sujet d’ici à juin.
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Paris - Alors qu’il fourbit ses armes en vue de la présidentielle, Edouard Philippe fait désormais l’objet d’une enquête menée par un juge d’instruction pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d’intérêt et concussion au Havre, ville dont il est maire. Une lanceuse d’alerte avait dénoncé ces faits présumés en septembre 2023 auprès du Parquet national financier (PNF) qui a ouvert une enquête et mené des perquisitions en avril 2024. Puis elle avait déposé une plainte en juin 2025 avec constitution de partie civile. Sollicité par l’AFP, le PNF a indiqué avoir pris un réquisitoire introductif le 7 mai, procédure qui permet de saisir un juge d’instruction et de lui désigner un périmètre d’enquête. La lanceuse d’alerte, «Judith» (prénom modifié), «se félicite de l’ouverture d’une information judiciaire sur les faits qu’elle dénonce et attend avec impatience d'être entendue par le juge d’instruction», a réagi auprès de l’AFP son avocat Jérôme Karsenti. Les faits sont contestés depuis le début par l’ex-Premier ministre et actuel maire Horizons du Havre, dans les starting blocks pour la présidentielle. Edouard Philippe «prend acte de l’ouverture d’une information judiciaire. Il l’apprend par la presse. Et il répondra bien évidemment à toutes les questions que posera la justice comme il l’a toujours fait de façon très sereine», a réagi auprès de l’AFP son entourage dans la Communauté urbaine Le Havre Seine Métropole. Contacté par l’AFP, son avocat Emmanuel Marsigny n’a pas souhaité faire de commentaire. Contrat pas renouvelé Etaient également visées par la plainte Stéphanie de Bazelaire, adjointe chargée de l’innovation et du numérique, ainsi que Claire-Sophie Tasias, directrice générale des services de la communauté urbaine havraise. La plainte consultée par l’AFP estimait que le juge d’instruction devait «apprécier si un pacte a été conclu entre M. Edouard Philippe et Mme de Bazelaire, caractérisé notamment par un soutien politique, financier et relationnel en contrepartie de la gestion de la Cité numérique», un tiers-lieu d’innovation. Après ses alertes, la haute fonctionnaire s'était plainte d’avoir été écartée et harcelée moralement. Son contrat n’a pas été renouvelé. Les soupçons portent sur une convention d’objectifs pluriannuelle pour l’animation de la Cité numérique du Havre, signée en juillet 2020 notamment par Edouard Philippe, président de la communauté urbaine, et Stéphanie de Bazelaire, en tant cette fois que présidente bénévole de l’association LH French Tech. LH French Tech, créée en juillet 2020, a été désignée pour cette mission après un appel à manifestation d’intérêt lancé par la communauté urbaine en mars 2020 et dans le cadre d’un service d’intérêt économique général (SIEG). L’association, seule candidate, devait toucher 2,154 millions d’euros de compensation de service public pour mener des projets. Le conflit d’intérêts «semble absolument évident», a considéré à l'époque la lanceuse d’alerte, directrice générale adjointe à la communauté urbaine de septembre 2020 à avril 2023. «Opacité» «C’est le maire et son adjointe» qui, en tant que présidente de l’association, allaient «avoir la main sur des sommes considérables» pour «des activités qui peuvent concerner ses fonctions à la ville», soulignait-elle. Sur le moment, elle s'était étonnée qu’Edouard Philippe, conseiller d’Etat, n’ait pas suspecté d’irrégularités. Elle assure avoir découvert plus tard que les services juridiques avaient alerté en vain sur un possible favoritisme. Cette haute fonctionnaire avait obtenu le statut de lanceuse d’alerte en janvier 2025, contesté par Edouard Philippe. A la communauté urbaine, la Cité numérique fut «tout de suite» désignée à la lanceuse d’alerte «comme un dossier principal», relatait-elle. Mais «dès les premiers mois», elle a constaté «une opacité dans la gestion de l’association» et ne comprenait pas son activité. Elle racontait qu’on lui avait fourni «des réponses très vagues sur les dépenses, la trajectoire financière», lui reprochant «des velléités d’ingérence». Fin 2021, obtenant finalement des chiffres, elle affirmait découvrir le «très faible niveau d’activité» de la Cité numérique mais surtout «la masse salariale» composée «de jeunes salariés» qui faisaient «un peu tout» pour «des salaires bruts au-delà de 60 voire 70.000" euros. L’association sera placée en liquidation judiciaire en 2023. Philippe GRELARD et Céline CORNU © Agence France-Presse