Climat : BlackRock joint enfin les actes à la parole
C’est devenu un rendez-vous très attendu dans la vie des affaires aux Etats-Unis. Tous les ans, Larry Fink, le fondateur de BlackRock, prend sa plus belle plume pour écrire aux dirigeants des grandes entreprises américaines, dont il est actionnaire. Mais à force de faire la morale à ses homologues, le patron du premier gestionnaire d’actifs au monde encourait le risque de passer pour un simple donneur de leçons.
Cette année, Larry Fink a donc décidé de joindre les actes à la parole sur un sujet hautement inflammable, celui du changement climatique. BlackRock l’a promis à ses clients, il aura cessé mi-2020 d’investir dans les titres des entreprises qui réalisent au moins un quart de leur chiffre d’affaires grâce à la production de charbon thermique. Le groupe commencera également, dès cette année, à proposer des versions « durables » de ses produits de placement les plus populaires. Ses fonds tiendront compte des critères ESG – environnement, social, et gouvernance – dans leur processus de gestion.
Si BlackRock a décidé de placer le risque climatique au cœur de sa stratégie, c’est que le secteur financier se trouve à la veille d’une « transformation fondamentale », pour reprendre les mots de Larry Fink. Le calcul est bien financier : les entreprises les moins préparées aux effets du changement climatique auront, à terme, de mauvaises performances et doivent donc dès à présent être laissées de côté par les investisseurs.
BlackRock répond par la même occasion à ceux qui l’accusent de traîner les pieds sur les questions environnementales. Pas besoin en effet de verser dans les délires complotistes des opposants à la réforme des retraites en France, pour s’apercevoir que l’image du groupe a été récemment écornée. Aux Etats-Unis, par exemple, BlackRock n’a soutenu l’an dernier que 5 des 41 résolutions d’actionnaires déposées lors des assemblées générales, et qui exigeaient des entreprises visées plus de transparence sur leur politique environnementale. Certains de ses concurrents, comme Pimco ou BNP Paribas Asset Management, ont au contraire voté la quasi-totalité de ces mêmes résolutions, selon un pointage réalisé par l’ONG Majority Action. Plusieurs investisseurs ont annoncé qu’ils demanderaient à BlackRock de leur rendre des comptes sur sa politique de vote, à l’occasion de sa prochaine assemblée générale.
Il était donc temps pour le numéro un de la gestion d’actifs de reprendre la main. Avec 7.000 milliards de dollars d’encours, BlackRock a les moyens de déplacer les montagnes. Nul doute que sa prise de position forcera d’autres grands gestionnaires à sortir de leur silence.
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